Leçons de campagne

Publié le par sébastien

Comme aucun des différents candidats en lice à la présidentielle ne procure en moi d'adhésion immédiate et fusionnelle, je suis telle la majorité des français, indécis par la force des choses et condamnés au vote par défaut. Je me suis gardé de faire l'éloge de l'un ou la critique de l'autre. Je crois que chacun des trois présidentiables a le souci de la France, dispose de certaines compétences et respecte, disons, les valeurs fondamentales de la France, à savoir les valeurs de la République.

Donc, je ne me sens pas effrayé à l'idée que ce soit l'un des trois qui siège sur le trône. Les peurs véhiculées ici ou là, à l'idée qu'un Sarkozy devienne le futur président, me paraissent tactiquement utiles, sans doute, mais, dans le fond, probablement injustes.

Cette campagne permet quelques constats :

1) La synthèse lib-lib reste à faire : libéral en économie et libéral sur les sujets de société. Un Strauss-Kahn aurait pu incarner cette option, absente du débat.

2) La presse ne reflète pas l'opinion, elle fait l'opinion. En choisissant de lancer Royal à l'automne, en retenant les thèmes supposés correspondre aux attentes de l'opinion, en entretenant lorsque c'est nécessaire la polémique ou le suspense, afin de faire de l'audience, la presse joue un rôle moteur dans la fabrication de l'opinion.

3) De sorte que la politique ne devient que communication, et la campagne un spectacle. Il faut des rebondissements, des images, de l'émotion.

4) Les mass-médias sont à droite. Il y a plus de violence faite aux personnes aujourd'hui qu'il y a 5 ans, personne ne s'en émeut et la presse estime que c'est désormais un thème mineur. Il y a 5 ans, l'agression ignoble d'un "pépé Voise" faisait la une. Aujourd'hui, le meurtre, éventuellement accidentel, d'un policier à la Foire du Trône, l'agression mortelle d'un père de famille pakistanais à Clichy, le viol et l'assassinat d'une jeune fille à Nantes, dans la même semaine, n'imposent pas le thème de l'insécurité en tête des préoccupations médiatiques. Pas plus que la presse n'a relayé une affaire immobilière douteuse. Cachez ces sujets que le candidat de la droite ne saurait voir ...

5) Le populisme gagne du terrain. La gauche anti-libérale surreprésentée, la gauche de gouvernement en suiviste sur l'identité nationale, l'extrême droite doublement présente, le centrisme qui se meut en extrême, pourfendeur de l'Etablissement, et la droite qui multiplie les appels du pied à l'électorat FN. La campagne est marquée par le repli sur le village gaulois. Les politiques ont décidé de suivre l'opinion, plutôt que de faire appel à son intelligence.

Ces observations sont générales et doivent être corrigées : certains leaders ont aussi choisi de parler vrai, ce qui est à leur honneur ; les mass-médias voient leur influence contre-balancée par les nouveaux médias ; des think tanks proposent des débats de fond, à charge pour chacun de faire l'effort d'y voir de plus près. Mais, au final, ces impressions me semblent globalement fidèles à la réalité, ce que Alain Duhamel nomme "la droitisation de la société", me paraît un élément marquant de cette campagne. Quand la crainte de l'avenir et la peur du monde se meuvent en repli sur soi. Retrouver ses racines est une bonne chose, mais à condition d'en tirer parti pour aller de l'avant et non pour s'y plonger pour fermer les yeux devant les enjeux qui sont devant nous.

Publié dans Politique-France

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