L'ennui des grandes fresques au cinéma
Bien souvent, je m'oblige à voir des films qui, pourtant, à leur sortie, ne m'attiraient guère.
Mais, ayant connu un succès considérable, ils en disent beaucoup sur l'état de l'opinion, ses envies et ses attentes, et ils deviennent alors des objets d'étude sociologique qu'on aurait tort d'éviter.
Ainsi, c'est avec un retard considérable sur le reste du monde que j'ai regardé les deux premiers épisodes du "Seigneur des Anneaux" ou le "Alexandre" d'oliver Stone.
En ce qui me concerne, ces films ne m'ont pas enthousiasmé plus que cela. En vérité, je n'ai guère envie de voir le dernier épisode de la trilogie.
Bien sûr, il y a des batailles gigantesques, des images superbes, des effets spéciaux grandioses, de l'imagination à revendre.
Mais, en ce qui me concerne, il n'y a guère d'émotion. Les tableaux se succèdent mais je les suis à distance. Rien ne me touche vraiment. Et, finalement, l'ensemble m'ennuie plutôt.
Je ne cherche pas à me distinguer à tout prix. Et il y a même quelque chose de plutôt inquiétant à se démarquer ainsi de l'avis général du public.
Mais c'est ainsi ! Comment expliquer une telle distance ?
Je crois, simplement, que les hommes, dans ces films, se comportent davantage en machines qu'en humains. Une imagerie chevaleresque, ponctuée de dialogues qui sont autant d'extraits de codes d'honneur, remplissent le discours. Pas de place pour l'auto-critique ou l'ironie. Ici, le héros affirme. Il n'hésite pas.
Or, pour moi, l'émotion au cinéma naît, justement, lorsque les êtres découvrent leur intimité. Lorsqu'ils fendent l'armure, plutôt que lorsqu'ils bombent le torse. Lorsqu'ils sont faibles, c'est-à-dire lorsqu'ils aiment ou lorsqu'ils souffrent.
Le cinéma me touche quand il nous parle de nos faiblesses. C'est terriblement français, ça, non ?!