La VIème République : pour quoi faire ?
Comme la France connaît depuis trente ans un chômage de masse, que chaque élection est désormais l'occasion de sanctionner les gouvernements en place et que, de manière générale, le pays paraît douter de lui-même, beaucoup parlent à présent d'une "crise de régime".
Le mal est tel que le remède passerait inéluctablement par une refonte des institutions.
Ainsi, Olivier Duhamel se prononce pour un régime parlementaire. Jack Lang prône l'instauration d'un régime présidentiel. Arnaud Montebourg met en place la Convention pour la VIème République. Et à droite, aussi, l'idée fait son chemin.
Pour ma part, je reste réservé pour au moins trois raisons :
1) D'abord, dans mon esprit, le changement des institutions ne doit être une réponse qu'à un moment critique de l'Histoire, comme cela fut le cas par le passé :
- la 1ère république (1792-1799) est née des émeutes d'août 1792, de la fin de la monarchie constitutionnelle de 1791 et de la guerre engagée avec l'Autriche et la Prusse ;
- la 2ème République (1848-1852) naît de la Révolution de 1848 ;
- la 3ème République est issue de la guerre de 1870 ;
- la 4ème République apparaît au sortir d'une guerre mondiale et au lendemain de la défaite de juin 40 ;
- la 5ème République, enfin, s'élabore dans un climat de guerre civile.
En sommes-nous là aujourd'hui ? Je ne crois pas. Des tensions fortes, certes. Mais ni guerre à l'extérieur, ni guerre à l'intérieur. Pas de crise militaire, mais une crise économique et sociale. Pas de problème avec les autres, mais des difficultés avec nous-mêmes.
Ainsi, pour résoudre une crise de cet ordre, je ne crois pas qu'il faille utiliser l'outil institutionnel. Nous sommes encore dans le domaine du choix politique, des programmes, des alternatives, qui tous peuvent évoluer au sein du cadre unique, unanimement partagé, des institutions actuelles.
Si, demain, on accepte l'idée que l'on peut remettre en cause les institutions à l'occasion de crises économiques et sociales, je prends le pari que la 6ème République ne sera alors que la première d'une longue série ; le changement des institutions deviendrait un instrument "parmi les autres" et non plus une arme exceptionnelle de résolution de crises majeures.
2) Ce que l'on peut reprocher à la Vème République, c'est de permettre ce scénario improbable qu'est la cohabitation, laquelle, on le sait, est source d'immobilisme et de tensions inutiles au sommet de l'Etat.
Or, le quinquennat assure, sauf accidents, la fin de ce système étrange.
Il y aurait une ironie particulière à sanctionner la Vème république au moment où elle vient de soigner le principal de ses maux.
3) Le changement de régime me paraît d'autant moins nécessaire que nombre de réformes peuvent être initiées dans le cadre de notre Constitution actuelle.
Rien n'interdit des réformes qui pourront rendre nos institutions plus efficaces. Parlons, pourquoi pas, d'un "programme pour une Vème bis" avec, par exemple :
- la réforme du Sénat : un système qui assure toujours la victoire d'un même camp n'est pas a priori très démocratique ;
- la réforme du mode d'élection de nos députés pour rendre l'Assemblée plus représentative ;
- la création d'un statut de l'élu obligeant, par exemple, un patron à reprendre dans son entreprise un employé qui s'est absenté le temps d'un mandat électif.
Ainsi, la Vème pourrait être plus vivante.
Finalement, dans cette demande réitérée de changement de régime, je vois surtout une autre façon d'exiger la table rase. Une idée très française qui consiste à penser le neuf par l'élimination d'abord de l'ancien. De penser l'avenir en repartant de zéro. Plutôt que la réforme, le réflexe révolutionnaire ?