L'Etat faible
Souvent, dans l'exercice de mon travail, des dirigeants d'entreprises m'appellent lorsqu'ils ont un litige avec un concurrent ou avec l'Administration.
Ils pensent que l'Etat peut, en dernier recours, résoudre leur problème. De la sorte, ils se méprennent sur la véritable étendue du pouvoir de l'Etat et sur sa réelle influence. Ils croient en l'existence d'un Etat fort, héritier des rois et des empereurs. Ils ne voient pas que la réalité est autre. Citons quelques exemples pris dans l'actualité récente :
- l'Etat doit céder devant un procureur américain et verser 600 millions de dollars ;
- l'Etat retire un projet de loi parce que 50 000 adolescents sont dans la rue ;
- l'Etat n'a plus d'influence sur son pré carré africain (Togo, Côte d'Ivoire) ;
- Il n'en a pas davantage vis-à-vis de ses partenaires européens lorsqu'il s'agit de défendre l'idée d'une taxe nouvelle pour renforcer l'aide au développement ;
- Il n'arrive pas à sortir des geôles indonésiennes un jeune français qui y est emprisonné depuis plus de 4 ans pour possession de haschich.
Il est vain dans ces conditions de poursuivre l'illusion selon laquelle nous serions un grand pays, capable à lui seul de changer le cours des choses. La mondialisation est passée par là.
Mais, il serait vain aussi de penser, a contrario, que plus personne ne nous prête attention.
Si l'homme qui vieillit ne peut plus soulever les montagnes, il devient aussi plus sage et on fait davantage cas de ces rares propos.
La force de la France, c'est sa voix. On se rappelle d'ailleurs avec quel enthousiasme avait été reçu de par le monde le discours de Villepin à l'ONU au sujet de la guerre en Irak.
Dès lors, il nous faut construire l'Europe pour atteindre une taille critique. Il nous faut aussi rester fidèle à nous-même pour que notre voix continue de porter.