ajouter un commentaire commentaires (0) créer un trackback recommander
Bonjour !
Au départ, j'ai créé ce blog pour diffuser un papier de ma composition qui m'était cher : ma réponse à Lionel Jospin sur la question du mariage gay (article du 25 novembre 2004).
Ce site me permet à présent de faire part de mes remarques sur des sujets variés, principalement sur l'actualité et la politique.
J'espère que cet outil me permettra d'avoir des contacts et des débats intéressants avec d'autres bloggers. Bonne lecture !
Pour m'écrire : sebo75@hotmail.com

Ségolène Royal a suscité l'intérêt des médias et semble-t-il l'approbation de l'opinion en évoquant la création de "jurys citoyens" qui auraient pour tâche d'évaluer les politiques publiques.
Sur la forme, il faut saluer l'habileté de Royal et de son staff qui ont su capter une fois de plus l'air du temps en lançant une formule, suffisamment claire pour répondre à une demande de l'électorat, et suffisamment floue pour éviter de se lier les mains et de se perdre dans les détails.
Certains disent que c'est du populisme. Je ne suis pas loin de le penser et j'en ai déjà parlé ici . La confiance aveugle au peuple que l'on croit plus compétent que n'importe quel expert rappelle effectivement une dialectique démagogique ou populiste, comme on voudra.
Mais le fait est que ça prend. De sorte que je ne suis pas loin de penser qu'aujourd'hui il y a une prime à la démagogie, au populisme, surtout quand il a le visage de la nouveauté. Bref, pour être un bon politique, il faut faire de la mauvaise politique.
Je serais curieux de savoir si la candidate socialiste qui répète qu'il "ne faut pas avoir peur du peuple" tiendra compte, quand elle sera présidente, du résultat du référendum sur la Constitution européenne ...
Sur le fond, trois remarques :
1) D'abord, je ne crois pas que le pays souffre d'un manque de démocratie, il souffre d'abord d'un manque de résultats. Si, demain, le plein-emploi est atteint, la croissance progresse, et le pouvoir d'achat augmente, les Français seront contents de leurs élus et l'appel à la constitution de "jurys citoyens" apparaîtra comme un gadget de campagne.
Pire, je crois que le pays souffre d'une certaine manière d'un excès de démocratie, où à force de vouloir contenter des lobbys divers et variés, la politique aboutit à des compromis mous, des décisions faibles, des horizons confus. Ce dont la politique a besoin, c'est moins de voix divergentes qui affaiblissent les décisions que d'un projet fort qui sache repérer et promouvoir l'intérêt général.
Juste un exemple : le projet des Halles à Paris. C'est finalement le choix le plus banal qui a été fait alors qu'une nouvelle oeuvre moderne aurait pu voir le jour. La raison de cette timidité ? L'attention excessive portée aux associations de riverains qui miliaient pour la verdure et le silence. Trop de démocratie a contraint à trop de prudence.
2) Il y a les candidats du parti et il y a la candidate de l'opinion. Les candidats des appareils politiques et la candidate des appareils photos ! Il est un peu paradoxal que la candidate de l'opinion, forgée par les médias et les sondages, soit celle qui plaide pour plus de démocratie. L'hommage du vice à la vertu en quelque sorte !
3) Cela étant, Ségolène Royal a, je crois, raison de dire que la démocratie doit évoluer. Mais là comme ailleurs il ne faut pas juger sur l'idée, qui est quasi soutenue par tous, que sur les modalités de son application, sur lesquelles Mme Royal est plutôt évasive, revenant le lendemain sur ce qu'elle préconisait la veille.
Les idées sont nombreuses et certaines sont déjà en vigueur : droit de pétition, séances publiques télévisées, référendums d'initiative populaire ...
Là comme sur d'autres sujets, Ségolène Royal et la presse se contentent de mots bien choisis qui, comme les slogans publicitaires, ont une valeur subliminale qui cache bien souvent le vide du produit.
Ce serait drôle si ce n'était pas sérieux !
Par deux fois ces derniers jours, Ségolène Royal a atteint les sommets :
- d'abord, elle refuse d'avoir une opinion sur l'entrée de la Turquie dans l'Europe, considérant que son avis sera celui exprimé par les Français à l'issue d'un référendum, que ce soit dans un sens ou dans l'autre ;
- ensuite, en menaçant de ne pas participer à tous les débats internes au parti socialiste en vue de la désignation du candidat.
Ainsi va la politique façon Ségolène Royal : mon avis est le vôtre, et, par conséquent, inutile de débattre !
Cet après-midi, l'Assemblée nationale a adopté une proposition de loi visant à sanctionner toute négation du génocide arménien par les Turcs, lequel avait été reconnu par une première loi en 2001.
Cette loi me semble inutile et dangereuse.
Inutile, parce que ce n'est pas, d'un point de vue juridique, à la loi, c'est-à-dire, aux politiques, de qualifier de génocide tel ou tel évènement. La loi doit dire ce qu'est un génocide. Mais c'est aux juges de qualifier si telle ou telle tragédie doit être qualifiée de la sorte.
Inutile, en second lieu, parce que cette histoire n'est pas la nôtre. En vertu de quelle prérogative d'intérêt général, le législateur français croit-il bon pour son pays de qualifier les évènements historiques qui ont eu lieu loin de chez lui, à près d'un siècle de là ? Accepterions-nous nous-mêmes qu'un autre pays, et pourquoi pas la Turquie, décide de qualifier les comportements que nous avons pu avoir aux heures noires de notre propre histoire ?
D'où le danger de ce type de loi, que l'on appelle plus généralement des "lois mémorielles" : en fixant comme norme indiscutable la qualification de tel ou tel crime collectif, on limite exagérément le droit à l'étude et à la critique, ce qui justifie la colère des historiens.
Ce faisant, on prend le risque d'encourager une guerre des mémoires, où à la recherche indispensable d'une identité commune à tous les Français, viendra se substituer peu à peu une juxtapoistion de communautés en quête de leurs propres intérêts.
Etonnant, dans ces conditions, que cette proposition de loi ait été portée par le parti socialiste, traditionnellement plus attaché à la défense du modèle républicain.