Contre une VIème République !

Publié le par sébastien

L'hospitalisation du chef de l'Etat, le besoin de se distinguer exprimé par la jeune garde du parti socialiste, la passion des Français pour la table rase, tout cela concourt à la définition d'une nouvelle Constitution, où, quels qu'en soient les auteurs et les variantes, le Président de la République verrait ses prérogatives rognées et le Parlement les siennes élargies.

Pour ma part, je ne vois ni l'urgence ni la pertinence d'un tel changement.

Certains prétendent que cette révolution légale est urgente parce qu'elle constituerait un préalable pour réformer le pays : mais, enfin, en quoi les règles actuelles interdisent-elles à un gouvernement de réformer ? En quoi un changement de régime, qu'il soit présidentiel à l'américaine, ou parlementaire à l'allemande, aurait-il plus de chances de convaincre syndicats et autres "révolutionnaires du statu quo" d'accepter demain les réformes qu'ils refusent aujourd'hui ?

Et, à bien y réfléchir, la Vème République, à l'inverse des régimes qui l'ont précédée, a plutôt fait preuve de solidité et de souplesse. Ni la guerre d'Algérie, ni mai 68, ni la cohabitation n'ont empêché en fin de compte l'Etat de poursuivre sa tâche.

En outre, un système dyarchique, dans lequel l'un s'occupe de politique étrangère et l'autre se concentre sur la politique intérieure, est de nature à mon sens à répartir des tâches qui, circonscrites dans les mains d'un seul, paraissent difficiles à assumer pleinement.

Bien sûr, des aménagements sont possibles : davantage de représentativité à l'Assemblée nationale, une réforme du Sénat indispensable, des précisions sur le statut du chef de l'Etat.

Mais rien de tout cela n'est impossible. Loin d'être condamnée à mourir, la Vème République peut s'améliorer par aménagements successifs et bien compris.

En réalité, cette "révolution légale" que certains appellent de leurs voeux, n'est ni plus ni moins que la version légitimiste de cette passion française pour la table rase, cette idée bien ancrée que rien de nouveau ne peut se faire sur ce qui a déjà été construit. La révolution plutôt que la réforme !

Publié dans Politique-France

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sébastien 16/09/2005 18:45

Florent, je ne suis pas de ton avis.

Le Président n'est pas à proprement parler irresponsable puisqu'il doit subir le suffrage universel au bout de 5 ans s'il décide de se représenter.

C'est un temps suffisamment long pour faire qqch et suffisamment court pour permettre un jugement du peuple sur son action.

Quant aux problèmes que tu soulèves, ils peuvent faire l'objet de réformes appropriées dans le cadre de la Constitution actuelle :
- le statut du chef de l'Etat peut être amélioré ; c'est d'ailleurs une promesse de Chirac lors de la dernière campagne présidentielle. Promesse qu'il n'a pas tenue. La position du Conseil constitutionnelle peut être une bonne base : suspension des poursuites pendant le mandat mais en contrepartie suspension également de la prescription ;
- le mécanisme des nominations peut être amélioré également dans le cadre de la Constitution en exigeant par exemple l'accord des deux Chambres sur les principales nominations ;
- sur le référendum, je ne vois pas où est le pb : c'est plutôt pas mal de pouvoir consulter le peuple sur des projets importants ;
- sur le nucléaire, je ne vois pas également de pb : c'est plutôt mieux d'avoir un seul décisionnaire en la matière. Les autres pays ne dérogent pas à ce principe ;
- l'article 16 peut être supprimé sans qu'on ait besoin de changer de régime.

Florent 15/09/2005 21:58

Justement les amis, la pratique est mauvaise parce que le cadre l'est tout autant. Un président qui dispose d'autant de pouvoirs (article 16, nominations, dissolution, référendum, nucléaire...) et qui par ailleurs est irresponsable aussi bien devant la justice que devant l'Assemblée nationale, c'est une exception parmi les démocraties ! L'irresponsabilité, n'est-ce pas la marque de fabrique des dictatures ?

Sergent Popup 09/09/2005 13:10

Entièrement d'accord. L'actuelle constitution n'est pas la cause des mauvaises pratiques politiques.

Didier 08/09/2005 21:32

Comme je vous approuve. Plus que la Constitution, c'est "l'utilisation" de l'actuelle qui demande à être revue. En priorités, le pouvoir du Parlement et son mode d'élection, le cumul des mandats, le quinquenat. Un toilettage, rien de plus.