Turquie dans l'Europe : soyons clairs !

Publié le par sébastien

J'ai vécu un an et demi en Turquie, un temps suffisant pour constater, finalement, que ce pays n'est pas, à mes yeux, "européen".

Qu'est-ce que cela veut dire ? Le pire, c'est que je ne sais pas vraiment. Je ne sais pas véritablement définir ce que c'est "qu'être européen" et, pourtant, j'avais le sentiment que ce pays ne l'était pas. Cette conclusion n'est pas à proprement parler le produit d'une réflexion approfondie. C'est davantage un sentiment. Une impression lorsque je me baladais dans le pays. Une sensation plus qu'un raisonnement.

A bien y réfléchir, je crois qu'il y a deux éléments qui expliquent cette perception : la langue et la religion, l'une et l'autre si "autres" qu'elles ne permettent pas cette affinité que l'on peut éprouver au contact des autres pays européens.

En Italie, en Espagne, au Portugal, vous trouverez rapidement une complicité dans l'expression, qu'elle soit parlée ou gestuelle.

En Allemagne, en Scandinavie, au Royaume-Uni, en Europe centrale, la complicité se fera au travers des églises, des monuments, en un mot de l'histoire.

Histoire des mots d'un côté, histoire des pierres de l'autre, partout une affinité possible, une complicité en marche.

Rien de cela véritablement en Turquie. Un sentiment d'altérité, davantage qu'une impression de complicité.

Question : l'Europe doit-elle alors être ou non identitaire ?

L'identité est-elle un socle indispensable ? Le primat de tout progrès collectif ? La garantie contre tout risque de dissolution ?

Je crois que c'est le seul argument qui pourrait me convaincre de s'opposer à l'entrée de la Turquie dans l'Union. C'est aussi le seul que l'on n'évoque jamais véritablement, ou entre les lignes, de manière subliminale. Le seul qui ne fasse pas vraiment l'objet de débats.

A l'ère de la mondialisation, des échanges, et de la volonté de l'Occident à vouloir partout démocratie et droits de l'homme, comment évoquer, sans se faire traiter de culturaliste rétrograde, l'argument identitaire dans le débat pour ou contre l'entrée de la Turquie dans l'Union ? On fuit le débat pour éviter de passer pour un extrémiste.

Et pourtant c'est bien de cela qu'il s'agit. Et puisque c'est la principale question, il faut cesser de l'envisager à mots couverts. Il faut être clair. Cesser d'évoquer l'argument de la géographie qui n'est qu'un prétexte : Chypre est au large du Liban et de la Syrie et cela ne pose pas de problème. Cesser de parler des retards de l'économie ou des droits des minorités : la Bulgarie est plus pauvre et le sort des Roms n'est guère plus enviable que celui des kurdes.

Non, la vraie question, c'est celle de l'identité européenne.

L'identité est-elle ce socle sans lequel toute fondation est impossible ou est-ce au contraire une chimère, nullement indispensable à l'essor de l'Union et au rayonnement de son projet politique ?

Vos avis sont les bienvenus.

PS : Agoravox, le journal citoyen, ayant eu la gentillesse de reprendre cette note sur leur site, je vous invite à suivre le débat - parfois virulent et inattendu (on me reproche d'avoir choisi comme illustration une photo de la maginifique mosquée d'Ortaköy !) - qui s'y déroule.

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Publié dans politique-monde

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Alexandre 01/09/2005 09:36

Merci pour cette analyse, qui mêt à jour un sentiment sourd, mais fugitif.

Le coeur est tellement plus convaincant que la tête (!).

flocon 30/08/2005 23:03

..s'engager dans cette direction.
Sans compter la tonalité générale des autorités turques qui en sont bientôt à EXIGER leur intégration sous peine de menace ("attention ! on tient les islamistes en laisse mais... si on nous refuse nous ne répondons plus de rien !" Menace s'apparentant quasi à du chantage. Non, merci)
Tous les reportages qui nous sont donnés à voir sont tournés à Istambul, de façon à nous présenter sous un jour favorable et pas si étranger la Turquie. Mais jamais, au grand jamais, ces reportages ne sont tournés à Ankara et encore moins en Anatolie etc. Quant aux frontières avec la Syrie, l'Irak ou l'Iran... tout est fait pour maintenir le spectateur dans l'ignorance de ces voisins.

Mille excuses pour les problèmes de clavier

flocon 30/08/2005 22:55

Bonjour,

Votre approche me paraît parfaitement cerner la problématique : " ...pas à proprement parler le produit d'une réflexion. C'est davantage un sentiment".
La langue, la religion comme éléments identitaires déterminants me semblent d'incontournables réalités. Ce que vous rapportez avoir ressenti sur place c'est une altérité telle qu'un Européen - au sens habituel incluant le facteur religieux - ne peut spontanément reconnaître un Turc comme étant un membre "naturel" de sa famille européenne.
Par ailleurs, la dimension culturelle au sens très large n'est jamais prise en compte dans la question du désir d'intégration de la Turquie. Pourquoi ceux-ci veulent-ils faire partie de l'UE ? Par amour de la langue française ? des beaux-arts italiens ? de la littérature espagnole ? de la philosophie allemande ? de la peinture flamande ? de la poésie portugaise ? de la musique autrichienne ? Ou uniquement et seulement pour avoir accès aux milliards de subvention qu'entraînerait leur admission ? Revendication sans doute toute naturelle mais qui explique à quel point les Européens "historiques" ont quelques raisons de ne pas vouloir s'eng