Chine et démocratie : l'illusion occidentale ?

Publié le par sébastien

Je me rappelle l'argument avec lequel Bill Clinton avait accepté l'entrée de la Chine à l'OMC : la libéralisation du commerce entraînerait inéluctablement une amélioration sur le plan des droits de l'homme. Comment accepter, en effet, la liberté au travail et son absence en dehors ?

Le calcul était-il vraiment le bon ? Il ne semble pas, malheureusement, que l'exceptionnelle croissance chinoise soit aujourd'hui suivie d'une amélioration sur le plan des libertés publiques.

Cette question est malgré tout fondamentale : soit la Chine adoptera le libéralisme "à l'occidentale", soit elle développera un modèle de capitalisme autoritaire, qui lui sera propre, et qui pourrait être copié, en raison de son succès, ailleurs et, peut-être, plus tard, jusque chez nous.

Besoin alors d'en savoir plus.

C'est ainsi que je tombe sur le numéro juillet-août de la Nouvelle revue d'Histoire dont un cahier spécial est consacré aux relations entre l'Occident et la Chine.

Je vous invite à lire l'entretien très précieux de Léon Vandermeersch. C'est un des maîtres de la sinologie, reconnu comme tel par ses pairs et ses disciples. Il a une connaissance exceptionnelle du terrain, ayant enseigné et étudié pendant une quinzaine d'années dans divers pays sinisés d'Asie orientale.

Je rédige in extenso un extrait de cet entretien, relatif à la question qui nous préoccupe dans cette note :

"On estime généralement que l'essor de l'économie de marché ne peut se faire que dans un cadre social de démocratie libérale. Mais, déjà dans le Japon de Meiji et d'entre les deux guerres, et encore, par exemple, dans l'Etat singapourien de Lee Kuan Yew, l'économie de marché s'est fort bien développée dans un contexte assez peu démocratique. Surtout, on assiste actuellement à un formidable développement économique de la Chine dans le cadre d'un régime fort éloigné de la démocratie libérale. Cela démontre que l'économie de marché n'a besoin, pour se développer, que d'un environnement juridique suffisamment normalisé seulement au niveau des rapports économiques - droit des obligations, droit des contrats, droit des sociétés commerciales -, qui sont précisément les domaines où la législation chinoise, inexistante pendant le maoïsme, s'est le plus développée depuis 1980. La démocratie n'est que subsidiairement une condition de succès pour l'économie de marché : seulement dans le cas où, le pouvoir politique divaguant, l'absence de contrôle démocratique laisse les citoyens sans garantie contre les pires catastrophes, comme on l'a vu dans la Chine du "grand bond en avant". Aujourd'hui, la réussité économique chinoise est liée à l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle génération de technocrates parfaitement au fait des questions économiques. C'est d'ailleurs cette réussite qui est invoquée pour légitimer les restrictions à la démocratie, dont les désordres sont représentés comme des risques pouvant mettre cette réussite économique en péril."

En somme, pour ce grand spécialiste de la question chinoise, Clinton a fait un mauvais calcul.

Qu'est-ce que vous en pensez ?

Publié dans politique-monde

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fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 29/10/2011 15:53



Blog(fermaton.over-blog.com).No-9. THÉORÈME DÉMOCRATIQUE.- LE MONDE NOUVEAU ??



Chine démocratie 26/10/2009 17:34


La politique et l'organisation des sociétés est à réinventer en permanence.
L'histoire ne se répète pas et ce qui est valable à un moment ne l'est pas à un autre... non, le capitalisme n'est pas égal à justice ni à démocratie: la Chine en est l'exemple.


Hiero 19/04/2006 14:41

Avant de vous donner une tentative de point de vue clair de ma part, commençons par préciser quelques points:- un point historique d'une part : le «capitalisme» depuis son apparition et jusqu'à aujourd'hui a pu évoluer sous tout type de régime quelle que soit sa forme : monarchique (Victoria), dictatorial (Bismarck, Napoléon III,), républicain (Lincoln,Monroe, Roosevelt,) que cela soit libéral -État simple régulateur-(Grande-Bretagne, France 3ème Rep), autoritaire (2nd Empire), ou totalitaire -État dirigiste-(Staline !, Nazisme). À cela on peut dès lors penser que le capitalisme peut se passer d'un régime démocratique, que s'il peut satisfaire un bien-être individuel, il n'apporte aucune liberté: car, qui est près à risquer son confort contre une liberté synonyme de conflit, de précarité, de risques ?. À chacun sa dignité et d'assumer celle de la laisser dictée par les autres.... Un peuple endormi et falot  tout comme son abrutissement esclavagiste est la meilleure garantie de l'Ordre. La Chine peut dès lors apparaitre difficilement comme une exception.- un point de science politique d'autre part : Fukuyama a beau dire, la croissance économique n'est qu'un facteur parmi d'autres permettant la démocratie. Mais ce n'est pas un déterminant : on peut vivre démocratiquement dans la misère. Le facteur déterminant, c'est l'éducation, l'instruction, la pédagogie, enseignant la nécessité du respect du bien public, du compromis exprimé dans un espace public (parlement, forum...) que chacun des citoyens laisse à la contradiction des autres en sacrifiant une part de son...individualisme cocooning. Et non les panneaux publicitaires pavloviens qui fleurent bon le «tautisme» (Lucien Sfez). Et à ceux qui pensent que voter signifie démocratie, je leur répond soit par l'exemple de l'Irak : c'est la meilleur façon de faire naitre la guerre civile, soit par l'exemple de l'Iran : c'est la meilleure façon de conforter les institutions. La Chine s'incrit de plus en plus dans cette dernière voie. Les formes d'expressions n'expriment pas la contradiction d'idées, au contraire !  c'est juste l'occasion d'obliger les populations à revenir vers les dogmes, à exclure les mauvais pour rappeler les bons vers la droite ligne fondamentale et à perpétuer ainsi, au mieux le pouvoir en place, au pire, la soupe servie constamment dans les médias -genre star ac' chez nous-, juste du consensualisme bon-enfant qui est la mère nourrière de tous les totalitarismes et vous détourne de ce que vous avez toujours possédé : l'espace public, lieu de votre liberté.

mathias 31/08/2005 03:41

je vote pour clinton!
l'economie de marché implique rapidement la glorification de l'individu, l'individualisme, la satisfaction des besoins et envies personelles qui menent au bout... d'"un certain temps " ( now ) à la star ac chinoise où le vote censitaire par SMS donne des idées de democratie politique, l'irruption du slogan "un homme une voix " apres celle de la phrase type " cher telespectateur vous allez pouvoir designer par SMS la gagnante !