Bonjour !
Au départ, j'ai créé ce blog pour diffuser un papier de ma composition qui m'était cher : ma réponse à Lionel Jospin sur la question du mariage gay (article du 25 novembre 2004).
Ce site me permet à présent de faire part de mes remarques sur des sujets variés, principalement sur l'actualité et la politique.
J'espère que cet outil me permettra d'avoir des contacts et des débats intéressants avec d'autres bloggers. Bonne lecture !
Pour m'écrire : sebo75@hotmail.com
Je me rappelle l'argument avec lequel Bill Clinton avait accepté l'entrée de la Chine à l'OMC : la libéralisation du commerce entraînerait inéluctablement une amélioration sur le plan des droits de l'homme. Comment accepter, en effet, la liberté au travail et son absence en dehors ?
Le calcul était-il vraiment le bon ? Il ne semble pas, malheureusement, que l'exceptionnelle croissance chinoise soit aujourd'hui suivie d'une amélioration sur le plan des libertés publiques.
Cette question est malgré tout fondamentale : soit la Chine adoptera le libéralisme "à l'occidentale", soit elle développera un modèle de capitalisme autoritaire, qui lui sera propre, et qui pourrait être copié, en raison de son succès, ailleurs et, peut-être, plus tard, jusque chez nous.
Besoin alors d'en savoir plus.
C'est ainsi que je tombe sur le numéro juillet-août de la Nouvelle revue d'Histoire dont un cahier spécial est consacré aux relations entre l'Occident et la Chine.
Je vous invite à lire l'entretien très précieux de Léon Vandermeersch. C'est un des maîtres de la sinologie, reconnu comme tel par ses pairs et ses disciples. Il a une connaissance exceptionnelle du terrain, ayant enseigné et étudié pendant une quinzaine d'années dans divers pays sinisés d'Asie orientale.
Je rédige in extenso un extrait de cet entretien, relatif à la question qui nous préoccupe dans cette note :
"On estime généralement que l'essor de l'économie de marché ne peut se faire que dans un cadre social de démocratie libérale. Mais, déjà dans le Japon de Meiji et d'entre les deux guerres, et encore, par exemple, dans l'Etat singapourien de Lee Kuan Yew, l'économie de marché s'est fort bien développée dans un contexte assez peu démocratique. Surtout, on assiste actuellement à un formidable développement économique de la Chine dans le cadre d'un régime fort éloigné de la démocratie libérale. Cela démontre que l'économie de marché n'a besoin, pour se développer, que d'un environnement juridique suffisamment normalisé seulement au niveau des rapports économiques - droit des obligations, droit des contrats, droit des sociétés commerciales -, qui sont précisément les domaines où la législation chinoise, inexistante pendant le maoïsme, s'est le plus développée depuis 1980. La démocratie n'est que subsidiairement une condition de succès pour l'économie de marché : seulement dans le cas où, le pouvoir politique divaguant, l'absence de contrôle démocratique laisse les citoyens sans garantie contre les pires catastrophes, comme on l'a vu dans la Chine du "grand bond en avant". Aujourd'hui, la réussité économique chinoise est liée à l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle génération de technocrates parfaitement au fait des questions économiques. C'est d'ailleurs cette réussite qui est invoquée pour légitimer les restrictions à la démocratie, dont les désordres sont représentés comme des risques pouvant mettre cette réussite économique en péril."
En somme, pour ce grand spécialiste de la question chinoise, Clinton a fait un mauvais calcul.
Qu'est-ce que vous en pensez ?