Descente aux enfers

Publié le par sébastien

Je n'ai pas pour ambition de faire de ce blog un "journal extime", pour reprendre l'expression judicieuse de Michel Tournier. Il n'y a rien de plus impudique, en effet, que de s'exposer à la vue d'inconnus. Loin de constituer une solution, de tels actes révèlent, au contraire, une profonde désespérance : on fait part de ses maux intimes à des inconnus sur la Toile à la manière d'un Robinson qui jette sa bouteille à la mer. L'ultime espoir des bâteaux échoués.

Cependant, dès lors que l'exposition de difficultés personnelles n'aurait rien de gratuit mais illustrerait, au contraire, des débats qui reviennent régulièrement sous les feux de l'actualité, alors je considère que je fais oeuvre utile. Rien de tel que des exemples pour savoir de quoi l'on parle. Il est vrai que l'on se prend parfois à philosopher un peu sur tout et, à force de se détacher de la matière, on finit par s'éloigner de la réalité. Des exemples personnels, non pas pour s'exposer, mais pour parler vrai.

Ainsi, j'évoquais récemment une discussion avec un ami gay sur son désir d'être père ou, à plusieurs reprises, les difficultés de mon ami brésilien pour se soigner du sida. Situations personnelles, qui sont autant de problèmes de société.

Aujourd'hui, j'aimerais évoquer une discussion que j'ai eue hier soir, toujours avec mon ami brésilien. Toute la détresse d'un peuple misérable, loin des clichés véhiculés à longueur de reportages en cette Année du Brésil en France.

Cristiano est malade. Rester au Brésil, c'est se condamner à mort puisqu'il ne peut s'offrir le traitement approprié, et surtout faire face aux effets secondaires qui ne sont pas pris en charge. Travailler est inconcevable : pour vivre, lorsque l'on n'a pas de formation précise, il faut assurer deux, et même plutôt trois boulots, dans la journée. Commencer à 7 heures et terminer à 23 heures. Inconcevable quand on est soumis régulièrement aux malaises et aux fatigues. Seule solution : l'Europe.

Cristiano est arrivé à Rome la semaine dernière, grâce à un ami italien qui lui a payé le billet. L'occasion de faire le point sur sa santé et de s'entendre dire "qu'il peut prendre un billet pour le Ciel" ! Ah, le tact italien ! Mais, ici aussi, Cristiano ne peut pas travailler. Les métiers qui seraient envisageables - serveur principalement - sont trop difficiles physiquement.

Cristiano a deux problèmes qui, cumulés, l'empêchent d'espérer : la maladie et l'absence de formation.

Ne restent alors véritablement, aux yeux de Cristiano, que deux possibilités. La première qui consiste à espérer un mieux "ailleurs". A abréger, de soi-même, ce qui s'assimile à une souffrance permanente. La seconde, à faire de son corps, la seule chose qu'il possède encore, l'instrument de sa survie.

Comment pourrais-je juger ces pensées auxquelles il conclut aujourd'hui après mûre réflexion ? Je ne suis que le témoin meurtri d'une situation qui n'a malheureusement rien d'originale.

Publié dans my life

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Jean Yves 27/08/2005 13:00

Qu'ajouter si ce n'est que je pense à toi, à lui, à vous deux...