Les mots, plus influents que les textes ?

Publié le par sébastien

Longtemps, on a pensé en politique comme en entreprise : la communication devait venir après l'action, le plan-média après la loi comme la pub télé après la naissance d'un produit. La communication suivait l'action. Question de logique, mais aussi de respect vis-à-vis des corps intermédiaires, à qui on ne pouvait faire l'offense de décider sans leur bénédiction.

Puis est venue, avec la mondialisation, le temps des grandes réformes, des retraites à la sécurité sociale, qui, pour réussir, devaient avoir le soutien de l'opinion. Sans cela, la messe était dite : les syndicats et les corporatismes en tous genres auraient raison des meilleures volontés. Avoir l'opinion avec soi, pour passer outre les oukases des corps constitués. La communication est alors devenue un moyen d'action. Elle ne la suivait plus, elle était nécessairement concomitante.

Enfin, Sarkozy est arrivé et, avec lui, une autre manière de faire de la politique. Désormais, la communication précède l'action. Annoncer haut et fort ce que l'on va faire. D'abord, parce que le temps médiatique, instantané, sans mémoire, impose ce style pour qui veut faire sans cesse la "une" de l'actualité. Ensuite, parce qu'en cette période de défiance vis-à-vis du politique, on attend de lui, désormais, clarté dans le programme et respect des promesses. L'ambiguïté, qui se nourrit du silence, ne profite plus à personne. Enfin, parler devient un comportement presque obligé à l'heure où l'Etat perd sans cesse de ses prérogatives. Communiquer, pour donner l'illusion d'agir. Ne dit-on pas de Bercy qu'il est désormais le "ministère de la parole" ?

Cette évolution est-elle souhaitable ?

En un sens, oui, car la dimension psychologique est forte dans l'opinion, et principalement en économie. Il suffit bien souvent d'effets d'annonce pour modifier les courbes : la diminution des accidents de la route a commencé alors même que les premières dispositions n'avaient pas été prises. De la même manière, la progression des créations d'entreprises a été historiquement forte en 2003, avant même que Renaud Dutreil n'ait fait passer sa loi sur l'initiative économique. Dans les deux cas, c'est simplement à force de messages répétés avec force et clarté que les premiers effets se sont fait sentir.

De la sorte, en faisant de l'opinion un acteur de la réforme, une communication précoce et maîtrisée sur chacun de ses dossiers fait partie de l'arsenal obligé du politique professionnel.

Mais elle ne doit demeurer qu'un moyen parmi d'autres, nécessaire mais pas suffisant. Ceux, nombreux, qui font des lois d'opportunité, en fonction des aléas de l'actualité, mêlent le temps de l'action et celui de la communication. Ils n'obtiendront aucun résultat : l'action, pensée dans l'urgence, est forcément inefficace ; la communication, suiviste et ne reposant sur aucun projet, attire davantage la méfiance de l'opinion que son soutien.

Publié dans Réflexions-idées

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javafred 21/08/2005 16:55

c'est une bonne façon de voir les choses.
N'empêche qu'il y a au moins un domaine pour lequel, ça n'a pas fonctionné depuis 30 ans, c'est le chômage.
Et pourtant combien ont clamé haut et fort...