Danone

Publié le par sébastien

J'avoue que je n'ai pas trop su quoi penser de "l'affaire" Danone.

Bien sûr, on sait que l'on ne peut se réjouir de faire des acquisitions à l'étranger et, dans le même temps, pousser des cris d'orfraie lorsqu'à son tour on devient la proie d'un autre. Logique du marché. Mouvement naturel de l'économie qui pousse sans cesse à davantage de concentration. Un professeur d'économie dirait que tout cela est dans la logique des choses, que "d'affaire" il n'y en a point, et que, somme toute, il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

Cette analyse, si elle est juste, me paraît néanmoins courte. Il doit bien y avoir un enseignement à tirer de cet emballement médiatique et de cette vague de postures patriotiques qui a submergé l'ensemble de la classe politique.

Peut-être, justement, faut-il voir dans ce mouvement d'humeur généralisé l'expression d'un refoulé que cet épisode aura levé, le même malaise, probablement, que celui qui a conduit les Français à voter "non" au projet de constitution : l'impression que la mondialisation profite d'abord aux autres et que les élus n'y peuvent rien. Le peuple est résigné et le politique gesticule. Les deux sont impuissants.

Je crois que cette épisode nous rappelle deux choses :

1) d'abord que l'identité d'un pays ne se limite pas à un territoire et à une histoire. C'est aussi un ensemble de repères, de traditions et de coutumes. Parmi ces repères, figurent certaines entreprises dont les produits, l'image ou la culture paraissent se confondre avec l'expression d'un certain génie national. Lequel est vague, difficile à décrire. C'est d'abord une représentation idéalisée de la nation et de nous-mêmes. Mais, n'est-ce pas justement lorsque l'on s'en prend à notre image que l'on a tendance à surréagir ? Rien de plus cruel que la chute des icônes, car quoi de plus révélateur de la manifestation d'un déclin ?

2) ensuite que le mouvement de concentration, intrinsèque au jeu de la concurrence, favorise, naturellement, les entreprises dont les marchés domestiques sont les plus grands. Il n'y a jamais eu autant d'entreprises américaines parmi les 100 premières au monde. Les entreprises chinoises commencent à s'affirmer dans le classement. Et seules les entreprises françaises qui ont mis en place des stratégies d'alliance progressent (EADS, Renault, ...). D'où l'ardente obligation de lever les barrières qui freinent l'établissement d'un véritable marché intérieur européen.

S'il est vrai que s'opposer aux opérations d'achat émanant d'entreprises étrangères serait vain, il serait tout aussi naïf, je crois, de considérer que tout cela est dans l'ordre des choses et que l'on ne peut rien faire.

Au discours fataliste des résignés, ou à celui, alarmiste, des paniqués, reste l'exercice de la pédagogie. C'est-à-dire le discours de la vérité.

Sur ce sujet, je vous suggère de lire la note de Michel-Edouard leclerc sur son blog, ainsi que le papier de Laurent Mauduit dans Le Monde

Publié dans Politique-France

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