Les chiffres ne disent rien

Publié le par sébastien

Pour moi, longtemps, le sida n'a été qu'un fléau abstrait, une addition de statistiques, une succession de commentaires attristés.

Désormais, c'est un visage. Celui de la seule personne que j'ai véritablement aimée.

Les chiffres n'ont pas d'âme. Ils ne disent rien des souffrances, des fatigues, des effets qui n'ont de secondaires que le nom.

Me revient en mémoire une scène de "Pierrot le Fou" de Godard. L'amie de Belmondo allume la radio de la voiture et le bulletin d'information égrène alors les chiffres du jour : ici une guerre, là un tremblement de terre. L'actrice s'interroge alors sur la sécheresse de ces chiffres, sur ces morts anonymes que l'on aura oubliées dès le lendemain.

En ce qui me concerne, difficile d'oublier. Plus jamais cette maladie ne me sera étrangère. Plus jamais je ne pourrais entendre les critiques des bonnes consciences pour qui cette maladie est moins grave que d'autres, au motif que si on le voulait vraiment on pourrait l'éviter.

Au bout du bout, il y a la mort. S'y résoudre.

Comment renaître à la vie, comment aimer à nouveau, lorsque l'on est ainsi touché en plein coeur ? Et comment donner le change vis-à-vis de tous ceux qui ne savent pas et auxquels on n'a pas même envie d'expliquer ?

Le blog, alors, comme un exutoire.

Publié dans Réflexions-idées

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Jean Yves 27/08/2005 12:43

Que dire de plus, si ce n'est que je comprends bien ce que tu écris et ressens...

Sarouneshka 14/08/2005 23:29

ça fait du bien de voir qu'il y a des gens qui pensent encore un petit peu, qui semblent aimer vraiment et qui ne se complaisent pas dans le vulgaire... non il y en a sûrement plein comme toi mais c'est que moi j'en connais pas beaucoup. je voulais juste témoigner d'une certaine adéquation à ce que tu racontes; bon courage pour tout