Bonjour !
Au départ, j'ai créé ce blog pour diffuser un papier de ma composition qui m'était cher : ma réponse à Lionel Jospin sur la question du mariage gay (article du 25 novembre 2004).
Ce site me permet à présent de faire part de mes remarques sur des sujets variés, principalement sur l'actualité et la politique.
J'espère que cet outil me permettra d'avoir des contacts et des débats intéressants avec d'autres bloggers. Bonne lecture !
Pour m'écrire : sebo75@hotmail.com
Lu "La guerre sans fin" de Bruno Tertrais.
L'auteur, spécialiste des relations internationales, nous livre dans ce court récit une description lucide sur la politique étrangère américaine actuelle : sur ceux qui la font et sur ses objectifs.
C'est une lecture utile parce qu'elle met définitivement à mal les clichés qui sont véhiculés ici ou là :
1) la guerre en Irak n'est pas une guerre pour le pétrole : les Etats-Unis continuent de développer une stratégie d'approvisionnements diversifiés qui ne nécessite nullement une intervention de la sorte. Et, même si l'Amérique avait besoin de cet or noir, il serait mille fois plus intelligent de négocier, plutôt que de faire la guerre.
2) il convient de relativiser le discours de Bush sur "l'axe du mal" et donc d'éviter de croire que les pays visés (Irak, Iran et Corée du Nord) subiront tous trois le même sort :
a) les pays désignés sont des exemples de pays dangereux car ils allient une doctrine totalitaire avec la possession d'armes de destruction massive ; mais nulle part dans son discours Bush propose un même traitement pour ces trois cibles ;
b) Un même traitement est d'autant moins probable que l'Iran est devenu incontournable pour la stabilité de la région : il a une influence particulière dans la construction du nouvel Irak à majorité chiite et dans celle d'un Afghanistan à forte minorité chiite également ;
c) enfin, les Etats-Unis devront à terme revoir leurs alliances avec les pays sunnites que sont le Pakistan et l'Arabie saoudite dans lesquels les disciples de Ben Laden sont particulièrement implantés. Dans ce contexte, l'Iran peut devenir l'objet d'une alliance éventuelle. Il est vrai, toutefois, que le livre de Tertrais a été écrit avant l'élection du nouveau président iranien, ultraconservateur, ce qui bouleverse un peu l'idée d'une nouvelle alliance de ce type.
3) Le livre de Tertrais est aussi passionnant parce qu'il montre comment se construit la politique étrangère à Washington. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, elle est tout sauf homogène. Les courants de pensée sont divers, y compris dans la majorité républicaine, qui se partage entre néo-conservateurs, venus de la gauche et aujourd'hui majoritairement au pouvoir, réalistes sur le mode Kissinger pour qui la souveraineté des Etats est indépassable, et enfin fondamentalistes soucieux de porter, par la force s'il le faut, la bonne parole évangéliste.
Que l'administration Bush vienne à récolter de mauvais résultats et une autre doctrine viendra à prendre l'avantage. A la tentation de l'empire, pourra succéder le repli sur la nation. Aux Etats-Unis, en politique étrangère comme pour tout, rien n'est définitif, tout est réversible, c'est le pragmatisme qui est à l'oeuvre plus que les idéologies.
4) Enfin, dernier aspect intéressant du livre de Tertrais, la description du phénomène qui a vu d'anciens démocrates, voire des membres de l'extrême-gauche, rejoindre les rangs dans les années 1980 des néo-conservateurs, soucieux de répandre la démocratie et les droits de l'homme par la force.
Un phénomène qui explique mieux les prises de position de certains Français lors de la dernière guerre d'Irak qui, peu nombreux il est vrai, soutenaient les Etats-Unis au nom des droits de l'homme (Bernard Koucher, Romain Goupil, André Glucksman, ...). Les anciens gauchistes et les néoconservateurs partagent un même idéal internationaliste.
Bref, une excellente lecture pour éviter de répéter banalités et clichés dans nos futurs repas de famille !
