Directive Bolkenstein : la France va perdre

Publié le par sébastien

Elle a joué un grand rôle dans la victoire du "non" au référendum. Elle a rendu célèbre la corporation des plombiers polonais. Elle a permis des discussions sans fin sur la manière de prononcer "stein" en hollandais.  Hier dans la lumière, que devient notre chère directive Bolkenstein ?

Et bien, elle avance. Et pas dans le sens prôné par la France. Il y a, en effet, un signe qui ne trompe pas.

La directive suit ce que l'on appelle la procédure de codécision : elle devra être adoptée à la fois par le Parlement européen et par le Conseil, qui est l'instance qui réunit les membres des gouvernements.

Pour l'heure, la directive subit l'examen du Parlement.

Comme cela se passe en France, la directive est d'abord analysée par une commission parlementaire, en l'occurence la commission du marché intérieur.

Le rapporteur de cette Commission est une socialiste allemande : Mme Gebhardt. Elle a rédigé un rapport dans lequel elle propose l'exclusion du principe du pays d'origine, ce principe qui autoriserait des ressortissants communautaires à venir travailler en France selon les réglementations de leur pays d'origine.

C'était là une demande de la France. On se rappelle la "remise à plat" que Chirac appelait de ses voeux. La rapporteure a suivi la France. On entend déjà les cris victorieux et les sons de trompette ...

Sauf que ...

Sauf que, fait inhabituel, le rapport de Mme Gebhardt fait l'objet de plus d'un millier d'amendements , 1154 exactement, de la part des membres de la commission parlementaire.

Cela n'est pas normal. En effet, le rapporteur cherche toujours une position de consensus qui puisse emporter une majorité au sein de sa commission. Sinon, elle court le risque d'être discréditée. Et, on pourra même considérer, qu'en privilégiant ses propres idées sur celles susceptibles d'emporter la majorité, elle aura mal fait son travail.

Le nombre d'amendements est un signe du peu de consensus qui existe au sein de la Commission sur le rapport de Mme Gebhardt et, par conséquent, du fait que celui-ci semble davantage refléter des exigences politiques d'un moment (son rapport, en date du 25 mai, a été élaboré avant le référendum français) plutôt que les exigences de la majorité des députés européens. Dès lors, on peut parier à coup sûr que sa position est très vraisemblablement minoritaire.

Ce qui m'amène à penser sérieusement que seuls les Français croient aujourd'hui en la "remise à plat" de la directive !

Publié dans Politique-Europe

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Alexandre 01/07/2005 16:15

Je suis surpris de ton étonnement...

La directive Bolkenstein (ou son engeance rebaptisée)est effectivement à attendre dans l'Europe telle qu'elle se construit. Rien ne s'est passé qui pourrait remettre en cause cette tendance.

Lors des débats sur la Constitution, l'épouvantail 'Bolkenstine' a effectivement été sorti de sa boîte, sans excès d'ailleurs selon moi, car il illustrait bien l'esprit (et même la lettre, mais n'y revenons point !) du TEC.

Le cynisme de Chirac qui a signé cette directive d'une main puis la balaye de l'autre pendant la campagne n'y change rien : L'europe telle qu'elle est lancée est économique, basée sur la compétition entre ses membres, avec le libéralisme comme dogme.
Ceux qui ont prévu le TEC sont toujours là, ils continuent de creuser leur sillon.

Durkheim va bientôt voir venir son grand conflit résolutoire, aussi vain qu'inéluctable ! Misère...