La Vérité et l'Histoire

Publié le par sébastien

La pendaison de Saddam Hussein nous a été dévoilé, par écrans interposés, en deux temps :

- un premier temps, officiel, où l'image, transmise par le filtre du gouvernement irakien et, très certainement, des Américains, laisse supposer une exécution "dans les règles de l'art", soucieuse de la dignité du condamné à mort, auquel on prend soin d'expliquer ce qui l'attend, dans un silence respectueux ; image travaillée à des fins précises, permettant au "leader du monde libre" d'assurer que cet épisode marque un pas important dans la démocratisation du pays ;

- un second temps, non contrôlé, où l'image, transportée par Internet, est brute, sans retouche, transmettant sans fard la vérité dans toute sa crudité ; où l'on comprend que les bourreaux n'auront pas laissé le temps au condamné à mort de terminer sa prière, et où les cris de certains acteurs, rendant hommage à des leaders chiites, marque, de manière symbolique, la division du pays, plongé, pour qui en doutait encore, dans une véritable guerre civile.

Deux images d'un même épisode et des conclusions totalement opposées, qui appellent  trois remarques :

1) La vérité en Histoire ne s'impose pas d'elle-même : elle est écrite par ceux qui la font. Histoire et Vérité sont deux choses différentes qui ne se superposent pas toujours. Dès lors, la vérité doit être recherchée dans l'amoncellement de sources contradictoires : les lectures simples sont probablement aussi des lectures fausses : message pour tous ceux qui voudraient réécrire l'Histoire à coup de lois et de décrets ;

2) On peut espérer des nouvelles technologies, par leur simplicité d'emploi et leur capacité de diffusion, qu'elles participeront à l'avenir à une écriture de l'Histoire plus proche de la vérité ;

3) Les Etats-Unis poursuivent la guerre en Irak comme ils l'ont commencée : en mentant à l'opinion. Or, comme l'explique le philosophe Tzvetan Todorov dans une tribune publiée dans Libération le 19 décembre dernier, les fondements de la démocratie sont en péril dès lors qu'un pays accepte le mensonge ou l'illusion. Un régime démocratique doit avoir le "souci de la vérité".

Certes, il faut condamner ceux qui ont capté et diffusé ces images vidéo parce qu'ils n'ont pas respecté la dignité d'un homme qui allait être condamné à mort. Mais il faut condamner aussi et surtout ceux qui ont maquillé la vérité, cet acte annonciateur du pire dans l'Histoire.

Publié dans Réflexions-idées

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