La VIème République : pour quoi faire ?

Publié le par sébastien

Comme la France connaît depuis trente ans un chômage de masse, que chaque élection est désormais l'occasion de sanctionner les gouvernements en place et que, de manière générale, le pays paraît douter de lui-même, beaucoup parlent à présent d'une "crise de régime".

Le mal est tel que le remède passerait inéluctablement par une refonte des institutions. 

Ainsi, Olivier Duhamel se prononce pour un régime parlementaire. Jack Lang prône l'instauration d'un régime présidentiel. Arnaud Montebourg met en place la Convention pour la VIème République. Et à droite, aussi, l'idée fait son chemin.

Pour ma part, je reste réservé pour au moins trois raisons :

1) D'abord, dans mon esprit, le changement des institutions ne doit être une réponse qu'à un moment critique de l'Histoire, comme cela fut le cas par le passé :

- la 1ère république (1792-1799) est née des émeutes d'août 1792, de la fin de la monarchie constitutionnelle de 1791 et de la guerre engagée avec l'Autriche et la Prusse ;

- la 2ème République (1848-1852) naît de la Révolution de 1848 ;

- la 3ème République est issue de la guerre de 1870 ;

- la 4ème République apparaît au sortir d'une guerre mondiale et au lendemain de la défaite de juin 40 ;

- la 5ème République, enfin, s'élabore dans un climat de guerre civile.

En sommes-nous là aujourd'hui ? Je ne crois pas. Des tensions fortes, certes. Mais ni guerre à l'extérieur, ni guerre à l'intérieur. Pas de crise militaire, mais une crise économique et sociale. Pas de problème avec les autres, mais des difficultés avec nous-mêmes.

Ainsi, pour résoudre une crise de cet ordre, je ne crois pas qu'il faille utiliser l'outil institutionnel. Nous sommes encore dans le domaine du choix politique, des programmes, des alternatives, qui tous peuvent évoluer au sein du cadre unique, unanimement partagé, des institutions actuelles.  

Si, demain, on accepte l'idée que l'on peut remettre en cause les institutions à l'occasion de crises économiques et sociales, je prends le pari que la 6ème République ne sera alors que la première d'une longue série ; le changement des institutions deviendrait un instrument "parmi les autres" et non plus une arme exceptionnelle de résolution de crises majeures.

2) Ce que l'on peut reprocher à la Vème République, c'est de permettre ce scénario improbable qu'est la cohabitation, laquelle, on le sait, est source d'immobilisme et de tensions inutiles au sommet de l'Etat.

Or, le quinquennat assure, sauf accidents, la fin de ce système étrange.

Il y aurait une ironie particulière à sanctionner la Vème république au moment où elle vient de soigner le principal de ses maux.

3) Le changement de régime me paraît d'autant moins nécessaire que nombre de réformes peuvent être initiées dans le cadre de notre Constitution actuelle.

Rien n'interdit des réformes qui pourront rendre nos institutions plus efficaces. Parlons, pourquoi pas, d'un "programme pour une Vème bis" avec, par exemple :

- la réforme du Sénat : un système qui assure toujours la victoire d'un même camp  n'est pas a priori très démocratique ;

- la réforme du mode d'élection de nos députés pour rendre l'Assemblée plus représentative ;

- la création d'un statut de l'élu obligeant, par exemple, un patron à reprendre dans son entreprise un employé qui s'est absenté le temps d'un mandat électif.

Ainsi, la Vème pourrait être plus vivante.

Finalement, dans cette demande réitérée de changement de régime, je vois surtout une autre façon d'exiger la table rase. Une idée très française qui consiste à penser le neuf par l'élimination d'abord de l'ancien. De penser l'avenir en repartant de zéro. Plutôt que la réforme, le réflexe révolutionnaire ?

Publié dans Politique-France

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Damon-Lacoste 02/11/2005 14:26

Bonjour,

Je suis ravi de voir que le débat sur la rénovation des institutions s'anime !

Deux commentaires :
- le lien vers le site de la C6R n'est plus bon. Il s'agit maintenant de : http://www.c6r.org

- sur l'argument de "la nécessité d'une crise pour rénover les institutions en France", je suis un peu étonné. Est-ce que la France n'est-elle pas enfin une société civile et démocratique suffisamment mature pour rénover son régime de manière... pacifique ?? Pourquoi la France et les français seraient-ils condamnés à la violence pour changer les institutions ? Pensez-vous vraiment que nous soyons congénitalement plus violents que nos voisins européens ?

Cordialement,

grellety 08/06/2005 12:43

"Comme la France connaît depuis trente ans un chômage de masse, que chaque élection est désormais l'occasion de sanctionner les gouvernements en place et que, de manière générale, le pays paraît douter de lui-même, beaucoup parlent à présent d'une "crise de régime".Le mal est tel que le remède passerait inéluctablement par une refonte des institutions."

Les institutions, telles qu'elles sont, sont effectivement une partie des maux nationaux. République dont l'architecture a été pensée pour et en partie De Gaulle, celle-ci ressemble à une monarchie puisque le Président est si puissant...

"Ainsi, Olivier Duhamel se prononce pour un régime parlementaire. Jack Lang prône l'instauration d'un régime présidentiel. Arnaud Montebourg met en place la Convention pour la VIème République. Et à droite, aussi, l'idée fait son chemin."

Tant mieux. La 5ème n'a que trop durer.

Pour ma part, je reste réservé pour au moins trois raisons :

1) D'abord, dans mon esprit, le changement des institutions ne doit être une réponse qu'à un moment critique de l'Histoire, comme cela fut le cas par le passé :

Le fait est fatal ? Il faut donc que la crise soit aussi dans les rues ? De toute façon, pour que le pouvoir s'en aille et qu'une Constituante travaille sur une nouvelle Constitution, c'est sans doute vrai. Donc la crise est...devant nous ?!

"2) Ce que l'on peut reprocher à la Vème République, c'est de permettre ce scénario improbable qu'est la cohabitation, laquelle, on le sait, est source d'immobilisme et de tensions inutiles au sommet de l'Etat.
Or, le quinquennat assure, sauf accidents, la fin de ce système étrange."

Sauf accidents - mais elle peut se produire. Lors de la dernière élection présidentielle, il a fallu le climat étrange et problématique causé par les résultats du 21 avril pour que beaucoup se rangent à la pseudo-évidence d'attribuer à Jacques Chirac une majorité à l'assemblée. On voit trois ans plus tard où nous en sommes avec ce genre de réflexions. Quant au fait que la cohabitation soit un "mal", ce n'est pas évident; car plutôt que de se focaliser sur une paralysie qui dans les faits n'a pas été constatée, la cohabitation fait donc travailler un élu qui représente une partie de la population avec un autre élu qui en représente une autre part. Donc la cohabitation a quelque chose d'infiniment démocratique...

"3) Le changement de régime me paraît d'autant moins nécessaire que nombre de réformes peuvent être initiées dans le cadre de notre Constitution actuelle."

Certainement pas la suppression du Sénat, chambre censitaire, et son remplacement par... Malheureusement, les initiatives que vous indiquez ci-dessous ne seront pas mises en oeuvre qui profitent des privilèges accordées par la 5ème. Donc nous en revenons au point de départ !

"- la réforme du Sénat : un système qui assure toujours la victoire d'un même camp n'est pas a priori très démocratique ;

- la réforme du mode d'élection de nos députés pour rendre l'Assemblée plus représentative ;

- la création d'un statut de l'élu obligeant, par exemple, un patron à reprendre dans son entreprise un employé qui s'est absenté le temps d'un mandat électif.

"Finalement, dans cette demande réitérée de changement de régime, je vois surtout une autre façon d'exiger la table rase. Une idée très française qui consiste à penser le neuf par l'élimination d'abord de l'ancien. De penser l'avenir en repartant de zéro. Plutôt que la réforme, le réflexe révolutionnaire ?"

Si nos dirigeants faisaient de vrais, utiles et efficaces réformes, des réformes qui créent de la richesse nationale, elles seraient approuvées; mais les réformes qu'ils soutiennent sont souvent seulement destructrices, regressives. Réformer, ce n'est pas nécessairement reculer, diminuer, appauvrir, ...