L'avenir de la démocratie

Publié le par sébastien

Ségolène Royal a suscité l'intérêt des médias et semble-t-il l'approbation de l'opinion en évoquant la création de "jurys citoyens" qui auraient pour tâche d'évaluer les politiques publiques.

Sur la forme, il faut saluer l'habileté de Royal et de son staff qui ont su capter une fois de plus l'air du temps en lançant une formule, suffisamment claire pour répondre à une demande de l'électorat, et suffisamment floue pour éviter de se lier les mains et de se perdre dans les détails.

Certains disent que c'est du populisme. Je ne suis pas loin de le penser et j'en ai déjà parlé ici . La confiance aveugle au peuple que l'on croit plus compétent que n'importe quel expert rappelle effectivement une dialectique démagogique ou populiste, comme on voudra.

Mais le fait est que ça prend. De sorte que je ne suis pas loin de penser qu'aujourd'hui il y a une prime à la démagogie, au populisme, surtout quand il a le visage de la nouveauté. Bref, pour être un bon politique, il faut faire de la mauvaise politique.

Je serais curieux de savoir si la candidate socialiste qui répète qu'il "ne faut pas avoir peur du peuple" tiendra compte, quand elle sera présidente, du résultat du référendum sur la Constitution européenne ...

Sur le fond, trois remarques :

1) D'abord, je ne crois pas que le pays souffre d'un manque de démocratie, il souffre d'abord d'un manque de résultats. Si, demain, le plein-emploi est atteint, la croissance progresse, et le pouvoir d'achat augmente, les Français seront contents de leurs élus et l'appel à la constitution de "jurys citoyens" apparaîtra comme un gadget de campagne.

Pire, je crois que le pays souffre d'une certaine manière d'un excès de démocratie, où à force de vouloir contenter des lobbys divers et variés, la politique aboutit à des compromis mous, des décisions faibles, des horizons confus. Ce dont la politique a besoin, c'est moins de voix divergentes qui affaiblissent les décisions que d'un projet fort qui sache repérer et promouvoir l'intérêt général.

Juste un exemple : le projet des Halles à Paris. C'est finalement le choix le plus banal qui a été fait alors qu'une nouvelle oeuvre moderne aurait pu voir le jour. La raison de cette timidité ? L'attention excessive portée aux associations de riverains qui miliaient pour la verdure et le silence. Trop de démocratie a contraint à trop de prudence.

2) Il y a les candidats du parti et il y a la candidate de l'opinion. Les candidats des appareils politiques et la candidate des appareils photos ! Il est un peu paradoxal que la candidate de l'opinion, forgée par les médias et les sondages, soit celle qui plaide pour plus de démocratie. L'hommage du vice à la vertu en quelque sorte !

3) Cela étant, Ségolène Royal a, je crois, raison de dire que la démocratie doit évoluer. Mais là comme ailleurs il ne faut pas juger sur l'idée, qui est quasi soutenue par tous, que sur les modalités de son application, sur lesquelles Mme Royal est plutôt évasive, revenant le lendemain sur ce qu'elle préconisait la veille.

Les idées sont nombreuses et certaines sont déjà en vigueur : droit de pétition, séances publiques télévisées, référendums d'initiative populaire ...

Là comme sur d'autres sujets, Ségolène Royal et la presse se contentent de mots bien choisis qui, comme les slogans publicitaires, ont une valeur subliminale qui cache bien souvent le vide du produit.

Publié dans Politique-France

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