Une loi inutile et dangereuse

Publié le par sébastien

Cet après-midi, l'Assemblée nationale a adopté une proposition de loi visant à sanctionner toute négation du génocide arménien par les Turcs, lequel avait été reconnu par une première loi en 2001.

Cette loi me semble inutile et dangereuse.

Inutile, parce que ce n'est pas, d'un point de vue juridique, à la loi, c'est-à-dire, aux politiques, de qualifier de génocide tel ou tel évènement. La loi doit dire ce qu'est un génocide. Mais c'est aux juges de qualifier si telle ou telle tragédie doit être qualifiée de la sorte.

Inutile, en second lieu, parce que cette histoire n'est pas la nôtre. En vertu de quelle prérogative d'intérêt général, le législateur français croit-il bon pour son pays de qualifier les évènements historiques qui ont eu lieu loin de chez lui, à près d'un siècle de là ? Accepterions-nous nous-mêmes qu'un autre pays, et pourquoi pas la Turquie, décide de qualifier les comportements que nous avons pu avoir aux heures noires de notre propre histoire ?

D'où le danger de ce type de loi, que l'on appelle plus généralement des "lois mémorielles" : en fixant comme norme indiscutable la qualification de tel ou tel crime collectif, on limite exagérément le droit à l'étude et à la critique, ce qui justifie la colère des historiens.

Ce faisant, on prend le risque d'encourager une guerre des mémoires, où à la recherche indispensable d'une identité commune à tous les Français, viendra se substituer peu à peu une juxtapoistion de communautés en quête de leurs propres intérêts.

Etonnant, dans ces conditions, que cette proposition de loi ait été portée par le parti socialiste, traditionnellement plus attaché à la défense du modèle républicain.

 

Publié dans Politique-France

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leblase 26/10/2006 23:56

"Où faudra t\\\'il s\\\'arrêter?"C\\\'est tout l\\\'enjeu des ONG ou de l\\\'engagement personnel: sortir de la logique sacro-sainte des Etats-Nations, du Territoire inviolable des frontières.Parce que ça se passe dans un autre pays, même si c\\\'est à 200mètres, ça ne nous regarderait pas?Cette logique amène à considérer l\\\'étranger comme faisant partie d\\\'une autre espèce.S\\\'il faut évoquer le terme de collaboration, alors  la non-assistance à personne en danger vaut pour le Rwanda (particulièrement pour les Français) le Congo RDC, le Cambodge, l\\\'élimination des Nouba, etc etc

sébastien 26/10/2006 20:27

Le modèle républicain, c'est la volonté de préférer l'universel au particulier, ce qui unit plutôt que ce qui divise. Avec les lois mémorielles, on consacre les lobbys communautaires au détriment de la communauté nationale. C'est pour cette raison que ces lois me semblent finalement contraires à "l'esprit républicain".
L'holocauste fait partie de notre histoire, puisque d'une certaine manière, nous y avons collaboré. Les autres me paraissent très éloignées de "notre" histoire, càd des évènements qui fondent le pays et la société. Pourquoi ne pas légiférer sur le génocide indien, sur les massacres divers et variés qui parcourent l'Histoire. Où faudra-t-il s'arrêter ?

leblase 26/10/2006 16:25

Bonjour,Autant je suis d'accord avec la première proposition, à savoir que cette loi est inutile et dangereuse (j'irais jusqu'à  dire nuisible), autant je ne peux être d'accord avec la deuxième proposition (cette histoire n'est pas la nôtre).De même que la loi Gayssot est liberticide, la loi sur la criminalisation de la négation du génocide arménien l'est aussi, et elle est réductrice: s'il n'y a pas débat (donc argumentations contradictoires) il n'y a pas de prise de conscience, et finalement pas de connaissance, pas de prise en charge personnelle de ce qui relève de l'Histoire et des dérives humaines.Partant de là, les négationnistes n'ont plus d'autre espace que l'extrémisme actif.Mais de la même manière que l'Holocauste est aussi notre histoire, tout  génocide ou massacre organisé (Rwanda, Khmer rouge par exemple) l'est également.Par ailleurs, je pense que celà n'a rien à voir avec un quelconque "modèle Républicain"