"La mauvaise vie" de Frédéric Mitterrand

Publié le par sébastien

Lu "la mauvaise vie" de Frédéric Mitterrand.

A l'âge où, malgré soi, s'imposent les premiers bilans, Frédéric Mitterrand fait le point sur son existence. Non pas son existence professionnelle, connue de tous. Mais la principale, celle que la plupart ignore.

Il ne le fait pas à la mode traditionnelle des biographes ou des mémorialistes qui recensent, par ordre chronologique, les faits et les dates, en prenant soin de ne rien oublier. Son parti-pris est différent : en 11 chapitres, il évoque autant d'épisodes caractéristiques d'une vie qui est, selon lui, ratée.

C'est peu dire que Frédéric Mitterrand se met à nu. Il se livre avec une exigence de transparence totale. Un désir de vérité absolu.

A mon sens, ce livre est d'abord un livre sur la séparation.

Séparation des êtres, quand il évoque ses amours de jeunesse impossibles. Cette frustration du désir, douloureuse.

Séparation du monde, quand il se voit contraint à taire, si tôt, ce qu'il est : "le glissement vers la clandestinité, l'état d'alerte permanente, s'amorcent".

La séparation, dès lors, comme un mode de vie quand, pour assouvir ses désirs sans craindre les reproches ou les regrets, il multiplie les amours éphémères et tarifées dans les chambres interlopes de Bangkok ou Djakarta.

Il n'est probablement pas innocent, d'ailleurs, que le livre s'ouvre sur cette adoption de l'enfant marocain. Le voilà, à son tour, l'auteur d'un déracinement. Comme si, même pour construire son propre bonheur, il devait oeuvrer à la séparation d'autres êtres.

Pas innocent, non plus, que le livre se ferme sur les obsèques d'un ancien amant. Il était dit que ce livre serait celui de l'accomplissement impossible.

Mais la déchirure la plus vive, celle qui l'anime et le ronge en permanence, réside finalement en son for intérieur : c'est celle qui sépare ce qu'il est de ce qu'il voudrait être. Le drame de la femme qu'il aime mais qu'il sait ne pas pouvoir honorer. Cette vie qui l'oblige et dont il aimerait tant se détacher. La voilà, "la mauvaise vie".

Et puis, il y a le style. Une capacité à restituer la mélancolie et le regret, à inspecter le tréfonds des âmes avec élégance. Le malheur, aussi, peut se vivre avec grâce et honnêteté.

C'est un livre de confessions qui sort du lot. Pour beaucoup, l'écriture est une thérapie qui soigne le mal-être. Pour Mitterrand, c'est un style qui sublime le malheur.

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laura 11/06/2007 21:02

Mais Fréderic Mitterrand,c'est Fréderic Mitterrand;J'adore cet Homme,a la fois dejanté,et sensible,humble,et melancolique,enfantin parfois,dans son regard,un homme a qui on a envie de se confier sans crainte...
Il est vraiment unique ce Fréderic.

djeb 20/06/2005 18:53

salut

je suis en train de lire ce livre et j'avoue en pleurer parfois. C'est vraiment su sensible, cela touche au profond, à l'indicible. La voix de F Mitterrand s'entend tout le temps, le style est bon, souvent surprenant... Un très bon moment pour l'homo que je suis. C'est bien aussi que quelqu'un dise les choses sous un angle pas provoc mais mélancolique. Bravo.

Jean-Yves ALT 16/05/2005 17:49

Tu es plus rapide que moi pour commenter ce livre que j'ai aussi lu. Tout à fait d'accord avec cette thématique de la séparation et les liens que tu y vois avec d'autres "évènements" de la vie de Frédéric Mitterrand...
Un livre fort et courageux.