Jacques Chirac, il y a 5 ans ...

Publié le par sébastien

Il y a deux jours, j'évoquais l'important discours de Joschka Fischer sur l'avenir de l'Europe, prononcé à Berlin le 12 mai 2000.

Quelques jours plus tard, le 27 juin, c'était au tour du Président Chirac de faire part de sa vision de l'avenir de l'Europe. C'était au Bundestag.

Un discours plus général que celui du ministre allemand. Chirac ne s'appesantit pas sur les diverses formes que pourrait prendre les futurs Parlement ou Gouvernement européens. Silence tactique ou absence de projet ?

1) D'abord, Chirac prône la constitution d'un "groupe pionnier" durant la période de transition qui suivrait la conférence intergouvernementale de Nice.

Ce groupe serait bâti selon la formule des coopérations renforcées, dont Chirac souhaite l'adoption lors de la négociation à venir à Nice : "je souhaite que dès l'an prochain (2001), le groupe pionnier puisse s'atteler, notamment, à une meilleure coordination des politiques économiques, à un renforcement de la politique de défense et de sécurité et à une plus grande efficacité dans la lutte contre la criminalité".

2) Ensuite, Chirac estime que devra être préparée la "refondation institutionnelle" de l'Union, avec deux priorités en particulier :

a) une clarification des compétences entre l'Union et les Etats membres ;

b) une réflexion sur les frontières géographiques ultimes de l'Union.

Force est de constater aujourd'hui que le groupe pionnier n'a pas vu le jour et que les frontières ne sont toujours pas définies.

En revanche, comme Fischer, Chirac doit se féliciter de la clarification des compétences opérées par le projet de traité.

A ces deux discours qui se veulent historiquement importants, un point commun à mes yeux : le décalage entre les souhaits et les réalisations pour ce qui concerne l'intégration politique.

Pas de "centre de gravité" d'un côté, pas plus de "groupe pionnier" de l'autre. Et aucune coopération renforcée significative depuis Nice.

A la relecture de ces discours, prononcés il y a tout juste 5 ans, on peut se demander si l'élargissement, opéré, n'a pas déjà eu raison de l'approfondissement, encore en gestation.

 

Publié dans Politique-Europe

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Didier 20/05/2005 12:25

> Sébastien, oui et non comme diraient les Normands ! Je juge l'intégration des anciens pays de l'Est comme une avancée politique majeure au bon sens du terme. L'Europe existe t-elle sans Prague et sans Varsovie ?
Je pense qu'effectivement les "nouveaux" entrants ont vu d'abord leurs intérêts économiques mais l'Europe se fait pas un processus de maturation des esprits ou pour parler un peu trivialement, on ne pense au futur que si on a l'estomac plein -) alors je crois que comme pour l'Espagne, la Grèce ou le Portugal, les nouveaux doivent passer par cette étape et ensuite ils vont venir à la construction politique. A nous, les anciens d'être vigilants et de leur montrer l'intérêt de la chose en les aidant sur le plan économique

sébastien 18/05/2005 22:35

Le problème, c'est que si tout le monde s'accorde pour faire un marché pleinement intégré, beaucoup, et surtout les derniers arrivés, ne sont pas motivés pour avancer dans l'intégration politique.

D'où l'échec des tentatives de "groupe pionnier" ou de "centre de gravité" ou encore de "cercles concentriques". Tout cela permettait de briller sur les estrades. Mais, concrètement, rien n'a abouti.

D'où aussi l'extrême difficulté pour mettre en place des coopérations renforcées. Aucune depuis Nice.

Les seules avancées en matière politique se sont fait sur le mode intergouvernemental.

C'est pourquoi, je pense, que l'on est arrivé aujourd'hui au bout d'un cycle pour ce qui concerne les politiques communautaires et au début d'un autre pour ce qui concerne les politiques intergouvernementales, "à la carte".

Didier 18/05/2005 19:26

Jean Yves a raison. merci de ce travail "de mémoire" bien utile. Bravo.
Jean Yves parle de désir. Je crois que le mot n'est pas adapté. Les Européens vivent ensemble, c'est sans doute pour eux aujourd'hui une évidence. Alors plus de désir, au sens premier du terme. Sans doute un autre désir. Disant cela, je me rends bien compte qu'il s'agit d'une affirmation sans doute contestable. Mais les faits sont là. Les options souverainistes ou nationalistes sont en voie de "ringardisation". L'interdependance de nos interets a fait le reste.

Jean Yves 13/05/2005 18:11

Ce qu'il me manque le plus, par rapport aux questions politiques, c'est la mémoire des discours et des actes. Ton travail est une vraie oeuvre salutaire pour mettre dans une perspective temporelle longue les projets et volontés des différents pays.
Je crois qu'à propos du décalage entre les souhaits et les réalisations dont tu fais allusion, il y a une dimension "quasi psy" pour l'expliquer au moins en partie : je pense qu'effectivement on peut se demander si les "européens" d'aujourd'hui ont encore un réel DESIR de voir se poursuivre la construction de l'Europe. A la sortie de la guerre, dans les années 50, ce désir pouvait s'appuyer sur des difficultés dans la vie quotidienne de chacun, dans l'espoir de reconstruire un monde meilleur...
Aujourd'hui, l'amélioration du niveau de vie a sans doute "tué" une part de ce DESIR... problème là encore de mémoire...