D'abord indigènes ou d'abord citoyens ?

Publié le par sébastien

Lu aujourd'hui un très intéressant débat dans "Le Point" entre François Gèze, sociologue et signataire du manifeste des "Indigènes de la République", et Alain Finkielkraut, philosophe, signataire quant à lui de l'appel contre le racisme anti-blanc lancé par l'association Hashomer Hatzaïr.

Pour François Gèze, il existe bien un racisme anti-noir et anti-arabe spécifique, que l'on ne saurait mettre sur le même plan qu'un racisme anti-blanc. S'il regrette les excès du texte dont il est signataire, il en revendique néanmoins le message, à savoir que la France d'aujourd'hui a une dette vis-à-vis des descendants des colonisés et des esclaves. A l'histoire qui doit être revisitée avec lucidité et honnêteté, il faut ajouter une nécessaire reconnaissance au regard des crimes passés et des discriminations actuelles.

Pour Alain Finkielkraut, un tel appel ne peut qu'entretenir un climat de guerre civile. Si l'Histoire doit en effet être revisitée avec lucidité, cela doit valoir pour tous les crimes et toutes les formes d'esclavage, sans exclusive. Par ailleurs, il s'oppose à la posture qui consiste à faire de l'Occident l'auteur de tous les crimes et des autres les créanciers d'une dette éternelle : "nous devons en finir avec ce grand partage des rôles entre un Occident, voué à l'esprit d'examen, à l'autocritique, à la distance à soi et le reste du monde replié sur ses griefs".

Dans ce débat, une fois n'est pas coutume, je prends partie pour Finkielkraut.

D'abord, parce que sur le strict plan historique, l'appel des indigènes de la République me paraît foncièrement réducteur : quid en effet de la traite africaine dont les victimes étaient exploitées par les Africains eux-mêmes, quid également de la traite orientale organisée par des négriers musulmans dont on estime les victimes à 17 millions ? Si l'on prétend vouloir revisiter l'Histoire, mieux vaut y réfléchir à deux fois : elle a ses ruses qui interdit souvent de prendre ses désirs pour des réalités.

Ensuite, sur le plan du message, comment ne pas voir, comme le souligne Finkielkraut, qu'un tel appel va nourrir les tenants d'un communautarisme radical plutôt que les défenseurs d'une cause légitime, cependant attachés au maintien de la cohésion nationale ? L'enfer est pavé de bonnes intentions.

M'objectera-t-on alors : oui, mais vous qui plaidez pour le mariage homosexuel, ne vous comportez-vous pas aussi en extrémiste de la cause, au risque de provoquer et d'entretenir les dissensions que vous déplorez par ailleurs et dont vous devinez les inévitables promesses dans notre action ?

A celà, je réponds qu'il y a une différence de taille entre ce que je préconise et ce que vous défendez.

En ce qui me concerne, je me bats pour une égalité de droits. Je milite pour l'indifférence. Je souhaite la fusion des communautés en une seule, finalement, respectueuse de toutes les différences.

Tandis que vous, toute la teneur de votre message plaide pour une reconnaissance spéciale, un statut spécifique qui correspondrait à l'effacement d'une dette historique que l'Etat colonial aurait envers vous.

Là où je plaide pour l'égalité, vous militez pour la spécificité.

Publié dans Politique-France

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sébastien 13/05/2005 14:12

Merci, jean-yves, pour tes propos qui me font énormément plaisir.

Cela m'encourage à continuer même si, je le crains, mon blog est effectivement noyé dans la masse blogosphérique !

J'espère que cela changera un peu. Il faudrait peut-être que j'améliore ma présentation ou que je choisisse de nouveaux sujets, peut-être plus personnels.

En tous les cas, merci pour tes encouragements. Au plaisir de te lire ou de te rencontrer.

Amicalement.

Jean Yves 13/05/2005 12:18

Tes positions sont clairement affirmées et argumentées. J'apprécie aussi ton ouverture d'esprit entre des revendications personnelles pour des affaires te "touchant plus directement" et celles plus humanistes bien articulées aux premières.
Chapeau pour ce travail d'élucidation... j'espère qu'il n'est pas trop noyé dans la masse des blogs.
Avec mes meilleurs sentiments.