Les Français plus malheureux car plus réfléchis ?

Publié le par sébastien

Il est d'assez bon ton de dire que les Français sont atteints par le virus de la sinistrose, un mot qui paraît même avoir été créé à leur seule intention.

Le moral des ménages s'établit ainsi à - 30 points en mai 2006, ce qui, d'après les spécialistes, serait le signe d'une assez faible confiance en l'avenir. Les ménages continuent à penser qu'il est opportun d'épargner, ce qui n'est pas non plus le gage d'une confiance absolue en des jours meilleurs !

Et puis, comme si cela ne suffisait pas, des publications régulières assurent du déclin de la France, de sorte que l'on ne sait plus qui du moral des ménages ou du déclin de l'économie nourrit l'autre, mais il semble effectivement que l'on ait connu des situations plus euphoriques.

Quel contraste avec l'étranger ! Revenu il y a peu de deux voyages à Madrid, j'y ai constaté un vrai "bonheur de la prospérité" pour reprendre la formule de VGE entendue hier soir. Les pays émergents semblent eux-assi contaminés par une quête de la réussite, qui se manifeste dans des comportements davantage teintés d'optimisme et une certaine foi en l'avenir.

Des situations brossées à grands traits, il est vrai, tant les disparités peuvent être fortes au sein de chaque pays, mais je crois cependant que cette peinture des sentiments de par le monde recouvre une certaine réalité.

Pourquoi une telle différence ?

Je me demande si cela n'a pas trait, quelque part, à l'esprit de système des Français. Nourris par la pensée cartésienne et le souci de replacer les évènements dans un contexte, les Français ont sûrement tendance, plus que d'autres, à penser le monde dans sa globalité, à s'attarder moins sur les moyens du présent que sur les fins du futur. Là où d'autres se veulent pragmatiques et essaient de tirer parti des opportunités de l'heure, les Français, plus avides de concepts, s'interrogent probablement davantage sur le sens des choses.

Or, que nous propose la mondialisation ? Vers quelle fin nous conduit-elle ? Aujourd'hui, comme hier, les rapports entre les Etats sont des rapports de puissance et, sur ce point, la mondialisation n'a rien changé. Les affres d'hier ne peuvent disparaître simplement parce que le monde est globalement plus riche. Ce à quoi s'ajoutent, entre autres, les risques pour l'environnement, les menaces sanitaires et la progression des inégalités.

Gagner plus oui, mais à quelle fin et à quel prix ? Voilà probablement la question que se posent davantage les Français que les autres et qui pourrait expliquer, d'une part une certaine forme de fatalisme et, d'autre part, un refus d'entrer dans un monde si plein de menaces.

Les Français plus malheureux, parce que plus réfléchis ?

Publié dans Réflexions-idées

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sébastien 27/06/2006 10:41

Merci ousi de ton commentaire.
Bien sûr, tu as raison, la majorité des habitants de la planète se battent pour leur survie.
Mais, ce n'était pas vraiment le propos de ma note. Ce que je crois constater, c'est qu'à diplôme équivalent ou compétences égales, il y a chez nous un certain fatalisme devant l'avancée du monde, ce que l'on a coutume d'appeler la "sinistrose", phénomène que l'on observe bien moins ailleurs.
Et c'est, je crois, une certaine manière de penser le monde, propre à la France, qui explique cette attitude.

ousi 27/06/2006 02:18

je trouve que tu y vas un peu vite ....
« Les pays émergents semblent eux aussi contaminés par une quête de la réussite »je ne sais plus le chiffre exacte, mais le quart (ou le tiers) des Indiens (donc, de toute façon, un chiffre très conséquent ...) vit avec moins d’un euro par jour ; je pense que la frange de la population concernée est plus dans une quête de survie que de réussite ; d’autant que le fonctionnement actuel cassant la classe moyenne en Occident, ce n’est certainement pas pour la recréer dans les pays émergents .... Une partie conséquente de la population est dramatiquement hors jeu dans un pays comme l’Inde, et ce, dans un système qui, vraisemblablement, va les laisser tels quels ....
« Là où d'autres se veulent pragmatiques et essaient de tirer parti des opportunités de l'heure »Là aussi, beaucoup de prudence sur les termes .... Le pragmatisme de la guerre en Irak, j’attends toujours qu’on me l’explique ...
 « le monde est globalement plus riche »oui, mais, globalement, le pourcentage de pauvres augmente aussi ...
Par ailleurs, les émeutes de novembre en France sont un signe d’une société en crise ; mais le ton maussade de la France montre qu’elle se penche sur ses problèmes (même si elle n’a pas forcément de solutions toute faites). Finalement, certains silences sont beaucoup plus inquiétants dans d’autres démocraties : le fait que de nombreux Italiens ne voyaient rien à redire sur les collusions d’intérêt incarnées par la présidence de Berlusconi ; le fait que la guerre ne Irak ne fasse pas débat en Grande-Bretagne ; pareil la violation des droits de l’homme par l’Amérique s’il s’agit d’individus supposés terroristes, ce qui veut en général dire, s’il s’agit d’individu arabes ... Ce genre de silences me semblent beaucoup plus alarmants que les crise avérées et identifiées comme telles.
 quelques éléments de réflexion ...