L'année du Brésil

Publié le par sébastien

L'inauguration, le mois dernier, de l'exposition au Grand Palais sur les arts amérindiens du Brésil marque le début de l'année du Brésil en France qui se poursuivra jusqu'à décembre.

J'ai eu l'occasion de passer 15 jours au Brésil en octobre 2003. C'est évidemment très peu, mais néanmoins suffisant pour se faire quelques idées sur ce gigantesque pays.

D'abord, évidemment, ce qui saute aux yeux, ce sont les grandes disparités sociales. On connaît les favelas et la terreur qui y règne. On mesure moins en France le niveau de richesse des Brésiliens les plus fortunés : des maisons gigantesques dans toutes les grandes villes du pays, des hôtels particuliers dans les capitales européennes, des déplacements en hélicoptère d'un point de la ville à un autre pour éviter les bouchons et, surtout, les risques de kidnapping. Si les pauvres sont plus pauvres que chez nous, les riches sont aussi plus riches !

Ensuite, à ces inégalités économiques, s'ajoutent des inégalités raciales. Durant les 15 jours, je n'ai pas vu plus d'un ou deux visages noirs à la télévision : ni parmi les présentateurs ni parmi les personnes invitées. La société de métissage est aussi une société encore très cloisonnée.

Enfin, une formidable indifférence des couches pauvres et moyennes vis-à-vis de la politique : le désenchantement qui gagne en Europe fait son oeuvre là-bas également. La politique est pour beaucoup un spectacle qui laisse indifférent. Il est communément admis que la plupart des hommes politiques travaillent pour l'appât du gain plutôt que pour le service de l'intérêt général.

Mais ce désenchantement n'est pas synonyme de défection ou de fuite des responsabilités. Au contraire. L'espace public est désormais investi par de nombreuses associations et fondations, la plupart issues des plus grands conglomérats privés. Elles jouent le rôle que l'Etat ne peut ou ne veut exercer. J'ai ainsi vu à l'oeuvre les structures mises en place par le plus grand groupe de communication du pays, TV Globo, qui forment et divertissent des jeunes désoeuvrés qui, sans cela, seraient à la rue.

J'ai, pour finir, touché du doigt ce que le Brésil peut avoir d'effrayant et séduisant à la fois. Alors que nous mangions tranquillement le plat national, la feijoada, assis au soleil, dans une banlieue de Belo Horizonte, la 3ème ville du pays, mon ami m'a précisé que je déjeunais à côté du "chef de la sécurité" local, celui qui peut vous "régler" un problème en cas de besoin.

Je me retourne alors vers le visage de mon voisin. Il me regarde avec un grand sourire, comprenant que j'avais compris. Cela doit être aussi ça le Brésil : le pays où les tueurs vous sourient tranquillement le dimanche, au soleil, autour d'une feijoada !

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