La télé-réalité, miroir de la société ?

Publié le par sébastien

Ce serait probablement exagérer leur importance que de croire les émissions de télé-réalité révélatrices des traits qui caractérisent aujourd'hui la société française. Ce sont d'abord, évidemment, des opérations commerciales.

Mais, justement, c'est parce que leurs créateurs visent un public le plus large possible qu'ils essaient de satisfaire les attentes majeures des Français. Et, en cela, les caractéristiques communes à leurs productions donnent des indications sur ce que nous sommes et sur ce que nous recherchons.

A mon sens, trois caractéristiques, en particulier, se dégagent de toutes ces émissions :

1) Le souci de transparence, d'abord. Rien ne doit rester dans l'ombre. Surtout pas le plus intime. On filme partout, tout le temps. La transparence, n'est-ce pas justement ce que réclame la population à l'égard de leurs dirigeants, de l'Etat, du pouvoir ?

2) La compétition individuelle, ensuite. Dans chaque "jeu", il n'y a qu'un vainqueur. Ce qui compte, ce n'est pas le projet collectif, c'est la consécration de l'individu-roi.

3) La prédominance des identités, enfin. Dans chaque production, ce qui compte c'est davantage ce que l'on "est" que ce que l'on "a", davantage le caractère que les connaissances, le physique que l'expérience. L'identité, ce que l'on "est", est ainsi plus essentielle pour vaincre que la somme de ses connaissances et de ses expériences : pour gagner "Loft Story", il faut se contenter d'être soi, pour vaincre dans "L'île de la tentation", dans "Bachelor" ou dans "Opération séduction", il est mille fois préférable d'être beau.

Prédominance des identités au point même que l'on peut parler de la constitution, dans chaque programme, de "micro-sociétés" : à chaque fois, il faut le beur, le beau gosse, la bourge ou le gay de service.

Prédominance des identités, toujours, lorsqu'elles sont à la base même du concept de l'émission : "Queer" joue de la confrontation homo/hétéro, "les colocataires" de l'affrontement garçons/filles.

Ainsi, la télé-réalité, au-delà de l'émotion programmée et de la scénarisation du réel qui, il est vrai, la caractérisent également, semble aussi révéler certaines tendances lourdes de notre vécu collectif.

Une émission qui regrouperait des personnes, en considération de leurs seules connaissances et expériences, dans le but d'élaborer un projet collectif utile à la société tout entière, aurait-elle quelque chance de succès ? 

Publié dans Réflexions-idées

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Jean Yves ALT 01/04/2005 09:06

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