La politique du non-dit

Publié le par sébastien

A en croire les brillantes études qui font la une des quotidiens de l'après-midi, la France serait aujourd'hui le pays de la sinistrose. Les Français n'auraient pas le moral. Et les patrons, les plus petits d'entre eux en tout cas, pas davantage.

Cette morosité ambiante s'explique d'abord, semble-t-il, par les incertitudes de l'avenir. De quoi demain sera-t-il fait ? On ne sait pas trop : les retraites seront-elles payées ? Les salaires vont-ils augmenter ? Les délocalisations continuer ? Les Français n'ont jamais autant épargné. Et il faut faire preuve d'imagination pour qu'ils remettent des liquidités dans le circuit (déblocage anticipé de la participation, franchise sur les donations, ...).

Les Français s'interrogent. Et lorsqu'on a plus de questions que de réponses, on finit par angoisser.

Comment modifier cette attitude ? Quelle traitement collectif appliquer d'abord ?

Et si, à la manière du patient qui va voir son psy, on commençait par dire la vérité ?

N'est-il d'abord pas là le rôle du Gouvernement et du Premier ministre que d'éclairer l'opinion sur ce qui va et ne va pas, plutôt que de lui adresser des slogans formatés ? N'est-il pas temps, d'en finir, en un mot, avec la "politique du non-dit" ?

La Turquie dans l'Europe ? Peut-être ben que oui, peut-être ben que non, à vous de voir : non-dit.

L'Europe-puissance, rêve ou réalité ? Difficile à dire, tout est jouable, peut-être ben que c'est possible, peut-être pas : non-dit.

Les frontières, on va jusqu'où ? Ukraine, Maghreb, Russie, Caucase. Difficile à dire, on verra plus tard : non-dit.

La réforme de l'Etat ? Réduire le train de vie, oui mais comment ? Baisser le nombre de fonctionnaires ? Peut-être mais surtout ne pas le dire. Non-dit.

Les choix économiques ? La croissance, ça c'est sûr. Pour le reste, comment on fait, quelle politique on suit ? Non-dit.

Et quand on ne dit pas ce qu'on fait, il arrive qu'en plus on tente des coups en douce : les amendements de nuit auxquels on n'a pas fait attention, la réforme des 35 heures qu'on laisse le soin aux députés de proposer ...Le Gouvernement ajoute alors l'hypocrisie au mensonge.

A force de ne pas dire ce qu'on fait, de prononcer les mots creux et de s'évertuer à caresser dans le sens du poil, on finit par endormir.

N'attendons-nous pas d'abord d'un gouvernement qu'il propose et qu'il fasse ? Imagine-t-on les Français définitivement incapables d'entendre un langage de vérité ? 

Et si le Gouvernement décidait d'avoir une politique et de le dire haut et fort ? De précéder l'opinion plutôt que de la suivre ? D'agir plutôt que de réagir ? 

Publié dans Politique-France

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