L'info-spectacle

Publié le par sébastien

La société de l'image, conjuguée à la quête de l'audience maximale, a poussé les mass-médias à créer l'infotainment, contraction d'information et d'entertainment : il s'agit de mettre en scène l'information, pour en faire un spectacle et, ainsi, mieux la vendre au spectateur. Des breaking news à la mode Fox, qui interrompent les programmes pour rien, aux choix éditoriaux qui privilégient l'émotion au fond, en passant par les journalistes embedded, il faut partout mettre en scène. L'information devient spectacle. Jamais le télé-spectateur n'a aussi bien porté son nom.

Mais cela est déjà du passé.

Il ne s'agit plus, à présent, de faire de l'information un spectacle. C'est encore accorder trop d'importance au sérieux. Il s'agit de faire en sorte que l'information, par elle-même, soit déjà un spectacle. Nous ne sommes plus dans l'infotainment, c'est-à-dire le spectacle de l'information, mais dans l'entertainfo, l'information-spectacle.

Surtout ne pas se prendre la tête, éviter les positions nuancées, préférer les antagonismes binaires, privilégier la forme sur le fond, l'émotion sur la raison.

Pourquoi cette dérive ?

D'abord, il y a la passivité du spectateur : ici, comme ailleurs, il faut séduire vite. Pas de place pour l'apprentissage. Sinon, le zapping s'exerce. Phénomène social généralisé où chacun fuit ce qu'il estime ennuyeux. Où l'on veut vivre plus intensément. Refus du complexe. Préférence pour l'amusement. L'homme est de plus en plus un grand enfant, aux caprices incessants, à la déloyauté permanente.

Ensuite, le phénomène d'infantilisation du consommateur est entretenu lui-même par le capitalisme : celui qui a des caprices, c'est celui qui achète sans cesse, qui recycle à peine a-t-il acheté, ce consommateur-enfant est une aubaine. Appliqué aux médias, cela revient à lui servir un spectacle permanent, des histoires et des rebondissements, quitte à les fabriquer.

Enfin, pris dans la tenaille, entre ceux qui reçoivent l'info et qui veulent la vivre en spectateur perpétuellement léger, et ceux qui la transmettent, qui sont contraints à satisfaire ces attentes, les émetteurs d'info, que sont les leaders d'opinion doivent eux-mêmes prendre conscience que c'est le spectacle qui est relayé. Pour exister, ils doivent être relayés. Pour être relayés, ils doivent vendre du spectacle.

C'est un jour les CM2 qui doivent se faire les porte-mémoire d'enfants juifs assassinés. C'est un autre la proposition de filmer le Conseil des ministres. Un autre, encore, de distiller telle ou telle info-spectacle. Pas de mise en scène à créer. L'information doit, par elle-même, déjà être spectaculaire. L'émetteur d'info se doit de créer lui-même les conditions spectaculaires qui assureront le succès : tentes rouges des Don Quichotte, Masques blancs des stagiaires, ... Sans spectacle, il n'y a pas d'info.

Voilà la nouveauté : ce n'est plus le transmetteur qui crée la mise en scène, c'est l'émetteur de l'info lui-même.

Que reste-t-il alors aux transmetteurs ? Non plus la quête de l'information, comme avant-hier. Non plus la mise en scène comme hier. Mais carrément fabriquer l'information de toutes pièces : devenir les auteurs de nouveaux spectacles. C'est la RTBF qui simule la partition de la Belgique, c'est Canal +, bientôt, qui proposera une émission d'information (sic) sur l'arrestation de Ben Laden, avec des scénarios de ce genre tous les mois, ...

Autrefois, Coluche, sur Europe 1, avait une émission qui s'appelait "info, un faux". Nos Coluche, aujourd'hui, sont nombreux. Mais ils ne font pas forcément rire !

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