Pour Debray, l'Europe ça n'existe pas

Publié le par sébastien

Entendu ce weekend à la radio Régis Debray qui présentait son dernier ouvrage "les communions humaines - pour en finir avec la religion".

La thèse du livre semble être de dire que les religions, finalement, n'existent pas. Qu'elles sont l'expression de besoins plus généraux, qui amènent les hommes à se lier entre eux, dès lors qu'ils perçoivent un passé et un avenir communs. De sorte que si les religions n'existent pas, les "communions humaines", quant à elles, sont inéluctables.

Elles regroupent des individus qui se sentent unis par des principes qui les transcendent. Ainsi de la France, avec sa devise, sa langue et ses principes républicains.

Interrogé sur le point de savoir si l'Europe constituait une "communion humaine", Debray, sans hésiter, répond par la négative : il n'y a pas d'élément de transcendance qui soit si fort qu'il permette la communion entre les Européens.

De ce point de vue, le projet de constitution ne constitue-t-il pas une occasion manquée ?

On sait le thème de "patriotisme constitutionnel" cher au philosophe allemand Habermas : le partage de valeurs, à travers l'adoption d'un texte unique, avec la solennité que peut lui conférer un référendum, est de nature à renforcer le sentiment d'appartenance à une citoyenneté européenne.

Encore eût-il été préférable que le texte fût court, réduit à l'essentiel, c'est-à-dire aux valeurs de l'Union et au fonctionnement des institutions, à l'image de la constitution américaine, dont on sait le rôle qu'elle joue dans la construction de la citoyenneté américaine.

Pour autant, faut-il partager l'opinion de Debray, selon laquelle il n'y a pas de "communion humaine" possible en Europe ?

Je ne crois pas.

D'abord, on ne peut négliger que les Européens partagent une ambition - la paix - et des valeurs - la démocratie, les droits de l'homme. Ainsi, s'ils ne partagent pas la même langue ni la même religion, encore peuvent-ils partager certaines idées-forces. On ne part pas de rien.

Ensuite, il ne faut pas sous-estimer le leadership européen : de même qu'il a su bâtir une Europe unie, à travers la réalisation de politiques communes, de même pourra-t-il travailler demain à l'élaboration d'une "conscience" européenne à travers, là encore, des réalisations concrètes chères aux pères fondateurs : une chaîne de télévision commune, une harmonisation des parcours éducatifs, un système satellite unique, ... Sur ce point, le rapport rendu par l'association A gauche, en Europe fournit d'utiles idées sur la manière de construire, ainsi, à l'aide de projets précis, une Europe politique.

Enfin, les "communions humaines" ne se vivent qu'au travers de symboles, de rites et de liturgies.

Pourquoi l'Europe ne pourrait-elle pas construire ses propres mythes ?

Publié dans Politique-Europe

Commenter cet article

Jean Yves ALT 09/03/2005 13:03

La religion a longtemps servi aux hommes à resserrer leurs rangs et ainsi conserver « leurs communautés ». Une sorte de production de « liens » à chaque fois qu’une menace se fait sentir.
Les intégristes comme les nihilistes sont aussi dangereux les uns que les autres : les premiers en jetant de l’huile sur le feu pour défendre leur communauté, les seconds en jetant l’anathème sous toute tentative « groupale ». Jeter de l’huile sur le feu n’attise que la violence entre les hommes et pourtant un minimum de « communauté » me semble nécessaire.
Comme le dit Régis Debray : «l'éradication des religions n'éliminerait pas plus le sacré que la dissolution des armées la violence».
Déconfessionnaliser totalement une société, c’est prendre le risque de voir la place devenue vacante être récupérée par autre chose comme les sectes ou l'individualisme à tout crin, en passant par la vogue psy…