Stephen Shore, le photographe du quotidien ?

Publié le par sébastien

Vu récemment l'expo consacrée à Stephen Shore, un photographe américain, au musée du jeu de paume à Paris.

Je ne suis pas un spécialiste de la photographie. Mais c'est néanmoins un art qui m'intéresse à double titre :

- d'abord, je considère que c'est l'art de l'émotion : la photo se donne à voir et nul besoin de filtre pour en apprécier la grandeur. Plus que l'art de l'émotion, c'est l'art de toutes les émotions : quel autre art peut ainsi transmettre les sensations de mélancolie, de nostalgie, d'ivresse, ...

- ensuite, la photo est un témoignage : d'une période donnée, d'un lieu précis, d'une activité particulière. C'est un support de la mémoire.

Stephen Shore est reconnu comme un grand photographe. Il a ainsi été le premier photographe à être exposé de son vivant au MOMA à New York : il n'avait que 24 ans !

L'exposition qui lui est consacrée présente des clichés qui correspondent à différents cycles :

- un premier cycle, American surfaces, où l'auteur saisit ce qui fait son quotidien alors qu'il parcourt l'Amérique dans tous les sens : les motels, les repas, les chambres, ...

- un second cycle, Uncommon places, où il photographie des lieux inhabituels pour ce genre d'exercices, au coeur ou en périphérie des villes : stations essence, intersections, parkings, ...

- un cycle enfin, Landscapes, où il photographie des paysages : parcs naturels, vastes prairies, ...

De cette exposition, l'homme est particulièrement absent. Il est rarement sur les photos. Lorsqu'il y est, c'est en simple élément du décor. L'auteur ne s'y attarde pas. Les rares portraits ne font l'objet d'aucune mise en scène. L'homme est soit absent soit photographié de manière brute, tel un objet.

Pour moi, Shore est le photographe du quotidien. Il agit un peu tel un ethnologue : voilà où je vis (les hôtels), voilà où nous vivons (les villes), voilà comment nous vivons (les voitures, les parkings, les centres commerciaux), voilà ce que nous mangeons (hamburgers,...), voilà qui nous sommes (absence de mise en scène ou de maquillage). En se photographiant lui, dans son quotidien, il prend la pose d'une génération.

Un ami qui m'accompagnait pensait tout le contraire : Shore photographie ce qui ne nous caractérise pas et ce qui est par conséquent intemporel : les paysages, les routes, les maisons, ...

Bref, deux lectures assez opposées.

Mais que veut bien nous dire Shore ?

 

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sébastien 23/06/2005 18:27

Belle remarque, Birdy !

Vouloir toujours intellectualiser n'est peut-être pas le meilleur moyen d'apprécier l'oeuvre.

birdy 23/06/2005 18:19


Pourquoi a-t-on toujours besoin de savoir ce qu'un photographe veut nous dire? On veut toujours que les choses nous soient apportées sur un plateau d'argent alors que les artistes font ce qu'ils font pour éviter ça.