Une lecture précieuse : "le nouveau désordre mondial" de Todorov

Publié le par sébastien

Lu, il y a un petit moment déjà, "Le Nouveau désordre mondial - Réflexions d'un Européen" de Tzvetan Todorov.

Publié en septembre 2003, ce petit livre (111 pages) remet en cause l'intervention américaine en Irak, discute les motifs avancés par l'administration Bush, sans faire sienne pour autant la position française, trop immobiliste. De sorte qu'est esquissée une troisième voie, intermédiaire, "les démocraties n'étant pas vraiment obligées de choisir entre Munich (lâche capitulation) et Dresde (bombardements meurtriers)".

Mieux qu'un long discours, quelques extraits qui témoignent de la clairvoyance de l'auteur, sur le fond, et de sa clarté, sur la forme :

- "les néoconservateurs ne méritent pas le terme de conservateurs - ni néo ni paléo-. Un mot plus juste pour les désigner serait néofondamentalistes : fondamentalistes car ils se réclament d'un Bien absolu qu'ils veulent imposer à tous ; néo parce que ce Bien est constitué, non plus par Dieu, mais par les valeurs de la démocratie libérale."

- "Ce n'est pas un hasard si l'on trouve parmi eux, que ce soit aux Etats-Unis ou en France, nombre de trotskistes ou maoïstes : le même esprit interventionniste qui refuse de se résigner aux imperfections de ce monde se manifeste ici et là, la même attirance pour la violence et l'action internationaliste."

- "Les médias américains semblaient, dans l'ensemble, toujours informer "à charge" ou "à décharge", se souciant plus d'emporter la conviction que de chercher la vérité. Un tel choix n'implique pas que l'on mente ni qu'on falsifie les faits, il suffit pour cela de sélectionner les informations de manière bien orientée : le réel est suffisamment complexe pour illuster n'importe quelle thèse."

- "Entre pays les rapports restent dans l'état de nature ; dans chaque pays règne en revanche l'état de société. Pourquoi est-ce ainsi ? Parce que les citoyens de chaque pays ont renoncé à l'usage de la violence, en la confiant à l'Etat qui les englobe, alors que les pays, ne faisant pas partie d'un Etat universel, ne reconnaissent pas d'instance à laquelle ils pourraient déléguer leur force ; ils la gardent donc pour eux.

- "Une politique se juge non à ses intentions, mais à ses résultats."

- "La "paix par la loi" et la "paix par l'empire" n'épuisent pas toutes les voies possibles."

- "Le pacifisme repose tantôt sur une idée fausse, à savoir que l'agressivité humaine est en train de dépérir et que la violence disparaît progressivement de ce monde ; et tantôt sur une idée lâche, à savoir qu'aucun bien, aucun idéal ne vaut la peine qu'on se sacrifie pour lui."

On sait lorsqu'on a fait une lecture utile : c'est lorsqu'on a l'impression d'être devenu un petit peu plus intelligent ! Et de ce point de vue, voilà une lecture utile et urgente.

Publié dans lectures

Commenter cet article