Bonjour !

Au départ, j'ai créé ce blog pour diffuser un papier de ma composition qui m'était cher : ma réponse à Lionel Jospin sur la question du mariage gay (article du 25 novembre 2004).

Ce site me permet à présent de faire part de mes remarques sur des sujets variés, principalement sur l'actualité et la politique.

J'espère que cet outil me permettra d'avoir des contacts et des débats intéressants avec d'autres bloggers. Bonne lecture !

Pour m'écrire : sebo75@hotmail.com

 

Jeudi 25 novembre 2004

A la rentrée dernière, Lionel Jospin avait écrit un article dans "Le journal du dimanche" où il déclarait son opposition au mariage gay.

Passablement agaçé par cette position, je lui écrivis alors la lettre qui suit :

 

Paris, le 26 mai 2004,

Monsieur le Premier ministre,

La lecture de votre article sur le mariage homosexuel, paru au " Journal du Dimanche ", m’amène à vous faire part de quelques réflexions.

Sur les termes, d’abord. Vous indiquez que votre position " s’accompagne d’un plein respect des choix de vie amoureux et sexuels de chacun. " C’est là un abus de langage car nul ne " choisit " en réalité d’être homosexuel, pas plus que l’on ne choisirait d’être noir ou gaucher. On ne choisit pas, en toute conscience, de peiner ses parents, ni d’affronter les regards curieux ou les murmures accusateurs. Simple précision, donc, mais d’importance tant la manière dont on nomme les choses révèle, déjà, la perception que l’on s’en fait. Et d’une mauvaise perception peuvent naître d’injustes conclusions.

Je partage naturellement l’idée que le législateur " doit rechercher l’intérêt de la société tout entière. " Faut-il donc que ce principe ait été battu en brèche, pour qu’il soit ainsi nécessaire de rappeler ce que l’on espèrerait n’être, au fond, qu’un comportement d’évidence. Mais, en quoi le mariage homosexuel porterait-il atteinte à l’intérêt général ? S’il ouvre de nouveaux droits pour certains, il n’en supprime pour personne. L’intérêt général n’est-il pas que chacun puisse organiser sa vie privée sans tracas, dès lors qu’elle demeure respectueuse des principes qui construisent notre " vivre-ensemble " ? Et, en quoi l’amour consenti par deux partenaires, serait-il contraire à ces valeurs ? Ce n’est pas, me semble-t-il, dans l’intérêt de la société tout entière que de voir une catégorie de nos concitoyens traités différemment parce que leur amour n’est pas majoritaire. Au contraire, leur défiance vis-à-vis des structures qui organisent la société ne s’en trouvera-t-elle pas renforcée et, dès lors, la " crise des institutions " que vous déplorez à juste titre, aggravée ? Et, ne faut-il pas craindre, en rejetant ainsi le droit à l’indifférence revendiqué par les défenseurs du mariage homosexuel, de renforcer les tenants du communautarisme ?

Peut-être, par ailleurs, peut-on voir dans l’intérêt porté par les homosexuels à l’institution du mariage les conditions d’un renouveau : on mesure d’autant mieux la richesse de ses droits qu’ils demeurent pour d’autres l’objet d’un désir inaccessible.

La question de l’adoption et, plus généralement, de la filiation pour les couples homosexuels. Mariage et adoption sont, en vérité, deux sujets distincts : on peut autoriser l’un et interdire l’autre. C’est ce qui a été entrepris en Belgique. Par ailleurs, nombre de couples aujourd’hui ont des enfants hors mariage, nombre d’enfants vivent dans des familles recomposées ou monoparentales et nombre d’homosexuels, enfin, adoptent déjà en " jouant " les célibataires, de sorte que les liens entre mariage et filiation sont désormais distendus, quand ils ne sont pas rompus. Aussi, interdire le mariage gay en soulevant le problème de la filiation revient à surestimer un modèle qui dans les faits n’est qu’un parmi d’autres et à imposer, par conséquent, aux couples homosexuels des obligations que l’on n’exige de personne.

Comme vous, je regrette la " tentation bien-pensante " de certains. Comme vous, je déplore la progression du " politiquement correct ", cette censure d’autant plus perverse qu’elle revêt l’habit des beaux sentiments, et qui marque à coup sûr une régression du débat public. Mais, si la critique est juste, j’ai le sentiment que son objet ne la mérite pas. Que, si un curseur doit être nécessairement placé quelque part puisque la société ne saurait tout tolérer sauf à se mettre elle-même en danger, vous le placez là au mauvais endroit, à la manière d’un médecin qui appliquerait un juste remède à un patient qui n’en aurait nul besoin. Car, au bout du compte, il reste bien qu’accorder des droits réduits à une catégorie de citoyens, en raison même de leur orientation sexuelle, constitue une véritable discrimination. Nous ne sommes pas là dans une interprétation abusive du principe d’égalité, qui nourrit les ridicules du politically correct, mais bien dans un mouvement qui vise à mettre fin à des discriminations premières.

Evidemment, il est difficile de convaincre sur un sujet qui oppose non pas des opinions, sensibles aux contre-argumentations et dès lors susceptibles de changer, mais davantage des convictions, que l’on ne saurait remettre en cause sans s’interroger, au préalable, sur sa propre identité. Douloureux voyage que celui qui consiste, en effet, à revisiter ses propres croyances.

Pour ma part, j’estime que c’est là un combat juste, pour que chaque citoyen, indépendamment de son orientation sexuelle, puisse disposer de mêmes droits et de mêmes devoirs. Ni plus, ni moins. Presque un combat de gauche, finalement !

Je vous prie d’agréer, monsieur le Premier ministre, l’expression de ma très haute considération.

 

Lionel Jospin m'a répondu le 26 juin en ces termes :

Monsieur,

J'ai lu avec intérêt la lettre que vous m'avez adressée à la suite de mon article dans le "journal du dimanche".

Je ne vais pas ici reprendre mes arguments pour les opposer - ou les confronter - aux vôtres.

Je veux seulement vous dire que j'ai été sensible à la sincérité et à l'élégance de votre expression. Sans doute ce débat sera-t-il repris, hors de son imposition médiatique.

Bien à vous.

Lionel Jospin.

 

Des mots sympathiques mais qui, je le crains, ne modifient en rien sa position de fond.

Le combat continue !!

 

 

 

 

 

 

 

par sébastien publié dans : mariage gay
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Jeudi 25 novembre 2004

Aujourd'hui, Giscard rappelle dans "Le Figaro" son opposition à l'entrée de la Turquie dans l'Union.

Au fond, si je comprends bien, mais je peux me tromper, l'idée est la suivante : si nous voulons une Europe forte, il faut affirmer notre identité européenne. Toute extension de l'union à des peuples dont l'histoire, le mode de vie, en gros la "culture", serait différente de la nôtre, reviendrait à diluer ses capacités d'action.

L'Union deviendrait alors simplement une ONU version régionale, c'est-à-dire une instance de concertation. S'évanouirait le projet d'une Europe comme acteur incontournable dans le monde.

La position de Giscard revient à affirmer que pour avancer, on ne saurait être par trop différents. On avance parce que l'on se sent investi dans une communauté d'intérêts, une communauté de destin. Affirmation que l'identité assumée est un préalable à l'action.

Finalement, ce débat est à l'échelle européenne ce que fut l'histoire du voile à l'échelle française : à nouveau une question d'identité.

Intégrer, en France, c'est reconnaître une identité supérieure qui dépasse toutes les autres : l'identité républicaine. Et c'est en s'assurant que chacun respecte cette identité, par l'acceptation de certains codes vestimentaires par exemple, que la communauté nationale pourra avancer. Se reconnaître, malgré nos différences, comme unis par de mêmes ambitions, voilà le préalable obligatoire au développement de la nation.

L'idée de Giscard, c'est que cette analyse vaut aussi à l'échelle européenne. Se regrouper entre semblables pour mieux avancer.

Finalement, pourquoi la Turquie ne peut être dans l'Union : parce qu'elle n'est pas en Europe et parce que les Turcs ne sont pas européens.

Cette thèse me séduit plutôt. Qu'en pensez-vous ?

 

par sébastien publié dans : Politique-Europe
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