Certains pensent inéluctable le passage du libre-échange en économie à la démocratie politique. Comment accepter, en effet, d'être libre lorsque l'on fait des affaires et censuré lorsque l'on fait de la politique ? L'ouverture de l'un devrait, en toute logique, assurer l'ouverture de l'autre. C'était le pari de Clinton au moment où la Chine s'apprêtait à faire son entrée à l'OMC.
Pourtant, deux évènements récents amènent à douter d'un tel engrenage vertueux :
- c'est, dabord, Yahoo et Google qui acceptent de jouer les mouchards pour le compte du régime chinois, en faisant en sorte que leurs moteurs de recherche ne puissent recenser les pages censurées par le gouvernement. Ce compromis doit être, pour les entrepreneurs américains, le prix à payer pour conquérir le vaste marché chinois ;
- c'est, ensuite, Wal Mart, le distributeur américain, qui décide, quant à lui, d'intégrer une cellule du parti communiste dans un de ses magasins chinois, pour s'assurer de la sorte le contrôle des mouvements sociaux.
Ainsi, loin de diffuser un message de liberté politique, les entreprises américaines font le jeu du gouvernement chinois parce que c'est leur intérêt financier qui en dépend. L'économie se marie ainsi très bien avec la dictature.
D'ailleurs, cela n'est pas la première fois. Dans le Japon de Meiji et d'entre les deux guerres, et encore, par exemple, dans l'Etat singapourien de Lee Kuan Yew, l'essor économique s'est conjugué avec une sévère limitation des libertés fondamentales.
La démocratie n'est donc pas une forme achevée de gouvernance, vers laquelle se dirigeraient inéluctablement l'ensemble des pays du monde, à raison de leur niveau de développement. C'est un choix de gouvernement, qui doit être sans cesse défendu, surtout au moment où se lève à l'Est une autre forme de gouvernance, un capitalisme autoritaire, qui pourrait bien, un jour, servir de modèle au reste du monde.
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