Il est d'assez bon ton de dire que les Français sont atteints par le virus de la sinistrose, un mot qui paraît même avoir été créé à leur seule intention.
Le moral des ménages s'établit ainsi à - 30 points en mai 2006, ce qui, d'après les spécialistes, serait le signe d'une assez faible confiance en l'avenir. Les ménages continuent à penser qu'il est opportun d'épargner, ce qui n'est pas non plus le gage d'une confiance absolue en des jours meilleurs !
Et puis, comme si cela ne suffisait pas, des publications régulières assurent du déclin de la France, de sorte que l'on ne sait plus qui du moral des ménages ou du déclin de l'économie nourrit l'autre, mais il semble effectivement que l'on ait connu des situations plus euphoriques.
Quel contraste avec l'étranger ! Revenu il y a peu de deux voyages à Madrid, j'y ai constaté un vrai "bonheur de la prospérité" pour reprendre la formule de VGE entendue hier soir. Les pays émergents semblent eux-assi contaminés par une quête de la réussite, qui se manifeste dans des comportements davantage teintés d'optimisme et une certaine foi en l'avenir.
Des situations brossées à grands traits, il est vrai, tant les disparités peuvent être fortes au sein de chaque pays, mais je crois cependant que cette peinture des sentiments de par le monde recouvre une certaine réalité.
Pourquoi une telle différence ?
Je me demande si cela n'a pas trait, quelque part, à l'esprit de système des Français. Nourris par la pensée cartésienne et le souci de replacer les évènements dans un contexte, les Français ont sûrement tendance, plus que d'autres, à penser le monde dans sa globalité, à s'attarder moins sur les moyens du présent que sur les fins du futur. Là où d'autres se veulent pragmatiques et essaient de tirer parti des opportunités de l'heure, les Français, plus avides de concepts, s'interrogent probablement davantage sur le sens des choses.
Or, que nous propose la mondialisation ? Vers quelle fin nous conduit-elle ? Aujourd'hui, comme hier, les rapports entre les Etats sont des rapports de puissance et, sur ce point, la mondialisation n'a rien changé. Les affres d'hier ne peuvent disparaître simplement parce que le monde est globalement plus riche. Ce à quoi s'ajoutent, entre autres, les risques pour l'environnement, les menaces sanitaires et la progression des inégalités.
Gagner plus oui, mais à quelle fin et à quel prix ? Voilà probablement la question que se posent davantage les Français que les autres et qui pourrait expliquer, d'une part une certaine forme de fatalisme et, d'autre part, un refus d'entrer dans un monde si plein de menaces.
Les Français plus malheureux, parce que plus réfléchis ?
