Bonjour !

Au départ, j'ai créé ce blog pour diffuser un papier de ma composition qui m'était cher : ma réponse à Lionel Jospin sur la question du mariage gay (article du 25 novembre 2004).

Ce site me permet à présent de faire part de mes remarques sur des sujets variés, principalement sur l'actualité et la politique.

J'espère que cet outil me permettra d'avoir des contacts et des débats intéressants avec d'autres bloggers. Bonne lecture !

Pour m'écrire : sebo75@hotmail.com

 

Jeudi 19 avril 2007
Deux propos récents de Sarkozy ont retenu mon attention. Chacun pose la question de la morale en politique.

1) Le premier concernait la place de l'inné dans l'acte pédophile. Selon Sarkozy, la pédophilie pourrait très vraisemblablement s'expliquer par un déterminisme génétique. Que n'a-t-il pas dit ! Des cris d'orfraie ont été poussés un peu partout. Sarkozy, en faisant un tel constat, laissait deviner, à n'en pas douter, les promesses eugénistes de ses futures politiques sociales !

Au même moment, je lisais avec plaisir "Les 7 savoirs nécessaires à l'éducation du futur" d'Edgar Morin (Ed. du Seuil). Et, page 108, je tombai sur cette citation de Clément Rosset qui m'a semblé très opportune au moment où la polémique commençait d'enfler : "La disqualification pour raisons d'ordre moral permet d'éviter tout effort d'intelligence de l'objet disqualifié, en sorte qu'un jugement moral traduit toujours un refus d'analyser et même un refus de penser."

Et bien, c'est cela : les critiques de Sarkozy, en l'espèce, ont utilisé l'argument moral pour éviter de penser. Car, il y a la place pour un débat : comment ne pas faire l'hypothèse, a minima, que l'homme qui cède à une pulsion pédophile, en dépit de la condamnation par la loi et par la morale, comment cet homme, qui prend le risque de la prison et la déconsidération à jamais de ses frères en humanité, décide-t-il malgré tout, de céder ? A-t-il vraiment le choix, cet homme ? Comme je l'écrivais à Lionel Jospin dans ma lettre de 2004, on ne choisit pas d'être homosexuel, pas plus qu'on ne choisit d'être noir ou gaucher. Bref, il y a un débat envisageable. Et puisque ces propos figuraient dans un magazine philosophique, reconnaissons qu'il y avait effectivement de la place pour la philosophie.

Mais, non, au lieu de cela, au lieu de dire que ce débat est vieux comme le monde, on a eu un déversement de propos politiquement correct, parés de bons sentiments et riches en procès d'intention.  Le degré zéro  de la réflexion politique, celle qui s'interdit de penser au nom de principes moraux supposés supérieurs.

Expliquer un phénomène, proposer un diagnostic, ne dit rien des conclusions qu'on en tire, du remède qu'on prescrit. La Gauche morale a condamné un remède qui n'existait pas. Quand la morale fixe des limites au questionnement, ce n'est pas forcément l'apanage de la droite ... !

2) Le second propos de Sarkozy qui a retenu mon attention était celui concernant les électeurs du front national, qu'il estime "normal de vouloir récupérerer".

Une autre citation m'est venue à l'esprit. Elle est tirée du livre de Tzvetan Todorov, "le nouveau désordre mondial", qui portait sur l'aventure américaine en Irak. Liant les objectifs respectables de l'Administration Bush consistant à installer la démocratie dans le Grand Moyen-Orient avec le désastre que provoque cette guerre, Todorov concluait : "une fin noble ne justifie pas des moyens ignobles".

Et bien je pense la même chose des propos de Sarkozy qui visent à flatter l'électorat lepéniste : une fin noble ne justifie pas des moyens ignobles. En reprenant les thématiques du FN (la France on l'aime ou on la quitte), Sarkozy utilise le même discours que Le Pen et son action alors est inopportune. Si récupérer les électeurs du FN consiste à copier le discours de Le Pen, alors l'objectif louable se meut en initiative malheureuse.

Dans le  premier exemple, le débat souffrait d'un excès de morale. Dans le second, il pêche par insuffisance. 
par sébastien publié dans : Réflexions-idées
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Jeudi 19 avril 2007
Comme aucun des différents candidats en lice à la présidentielle ne procure en moi d'adhésion immédiate et fusionnelle, je suis telle la majorité des français, indécis par la force des choses et condamnés au vote par défaut. Je me suis gardé de faire l'éloge de l'un ou la critique de l'autre. Je crois que chacun des trois présidentiables a le souci de la France, dispose de certaines compétences et respecte, disons, les valeurs fondamentales de la France, à savoir les valeurs de la République.

Donc, je ne me sens pas effrayé à l'idée que ce soit l'un des trois qui siège sur le trône. Les peurs véhiculées ici ou là, à l'idée qu'un Sarkozy devienne le futur président, me paraissent tactiquement utiles, sans doute, mais, dans le fond, probablement injustes.

Cette campagne permet quelques constats :

1) La synthèse lib-lib reste à faire : libéral en économie et libéral sur les sujets de société. Un Strauss-Kahn aurait pu incarner cette option, absente du débat.

2) La presse ne reflète pas l'opinion, elle fait l'opinion. En choisissant de lancer Royal à l'automne, en retenant les thèmes supposés correspondre aux attentes de l'opinion, en entretenant lorsque c'est nécessaire la polémique ou le suspense, afin de faire de l'audience, la presse joue un rôle moteur dans la fabrication de l'opinion.

3) De sorte que la politique ne devient que communication, et la campagne un spectacle. Il faut des rebondissements, des images, de l'émotion.

4) Les mass-médias sont à droite. Il y a plus de violence faite aux personnes aujourd'hui qu'il y a 5 ans, personne ne s'en émeut et la presse estime que c'est désormais un thème mineur. Il y a 5 ans, l'agression ignoble d'un "pépé Voise" faisait la une. Aujourd'hui, le meurtre, éventuellement accidentel, d'un policier à la Foire du Trône, l'agression mortelle d'un père de famille pakistanais à Clichy, le viol et l'assassinat d'une jeune fille à Nantes, dans la même semaine, n'imposent pas le thème de l'insécurité en tête des préoccupations médiatiques. Pas plus que la presse n'a relayé une affaire immobilière douteuse. Cachez ces sujets que le candidat de la droite ne saurait voir ...

5) Le populisme gagne du terrain. La gauche anti-libérale surreprésentée, la gauche de gouvernement en suiviste sur l'identité nationale, l'extrême droite doublement présente, le centrisme qui se meut en extrême, pourfendeur de l'Etablissement, et la droite qui multiplie les appels du pied à l'électorat FN. La campagne est marquée par le repli sur le village gaulois. Les politiques ont décidé de suivre l'opinion, plutôt que de faire appel à son intelligence.

Ces observations sont générales et doivent être corrigées : certains leaders ont aussi choisi de parler vrai, ce qui est à leur honneur ; les mass-médias voient leur influence contre-balancée par les nouveaux médias ; des think tanks proposent des débats de fond, à charge pour chacun de faire l'effort d'y voir de plus près. Mais, au final, ces impressions me semblent globalement fidèles à la réalité, ce que Alain Duhamel nomme "la droitisation de la société", me paraît un élément marquant de cette campagne. Quand la crainte de l'avenir et la peur du monde se meuvent en repli sur soi. Retrouver ses racines est une bonne chose, mais à condition d'en tirer parti pour aller de l'avant et non pour s'y plonger pour fermer les yeux devant les enjeux qui sont devant nous.
par sébastien publié dans : Politique-France
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