Cet après-midi, l'Assemblée nationale a adopté une proposition de loi visant à sanctionner toute négation du génocide arménien par les Turcs, lequel avait été reconnu par une première loi en 2001.
Cette loi me semble inutile et dangereuse.
Inutile, parce que ce n'est pas, d'un point de vue juridique, à la loi, c'est-à-dire, aux politiques, de qualifier de génocide tel ou tel évènement. La loi doit dire ce qu'est un génocide. Mais c'est aux juges de qualifier si telle ou telle tragédie doit être qualifiée de la sorte.
Inutile, en second lieu, parce que cette histoire n'est pas la nôtre. En vertu de quelle prérogative d'intérêt général, le législateur français croit-il bon pour son pays de qualifier les évènements historiques qui ont eu lieu loin de chez lui, à près d'un siècle de là ? Accepterions-nous nous-mêmes qu'un autre pays, et pourquoi pas la Turquie, décide de qualifier les comportements que nous avons pu avoir aux heures noires de notre propre histoire ?
D'où le danger de ce type de loi, que l'on appelle plus généralement des "lois mémorielles" : en fixant comme norme indiscutable la qualification de tel ou tel crime collectif, on limite exagérément le droit à l'étude et à la critique, ce qui justifie la colère des historiens.
Ce faisant, on prend le risque d'encourager une guerre des mémoires, où à la recherche indispensable d'une identité commune à tous les Français, viendra se substituer peu à peu une juxtapoistion de communautés en quête de leurs propres intérêts.
Etonnant, dans ces conditions, que cette proposition de loi ait été portée par le parti socialiste, traditionnellement plus attaché à la défense du modèle républicain.
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