L'article que j'ai rédigé à la suite de l'interdiction de la campagne d'affichage de Marithé et François Girbaud a suscité plusieurs commentaires, certains soutenant mon propos, d'autres au contraire le désapprouvant.
Je souhaite reprendre ce débat car je le crois important.
D'un certain point de vue, il est au coeur du message que je souhaite transmettre sur ce blog.
Quel est-il ce message ?
C'est l'idée que les différentes identités qui nous constituent, que les diverses croyances qui nous habitent, doivent être reconnues et respectées, en étant mises sur un pied d'égalité au regard de la loi commune. En ne faisant pas prévaloir une identité sur une autre, il s'agit de développer le sentiment d'appartenance à une communauté plus large, nationale aujourd'hui, européenne demain, universelle un jour prochain, peut-être.
Favoriser ainsi le sentiment d'appartenance à une communauté de destin, plutôt que d'encourager les tentations communautaristes, diverses et variées.
C'est la raison pour laquelle, par exemple, je souhaite une égalité de droits pour les couples homosexuels. La quête de l'égalité, c'est la quête de l'indifférence. C'est la volonté de voir reconnue une citoyenneté pleine et entière. C'est la lutte aussi contre les communautarismes qui n'espèrent se réaliser qu'en marge de la société.
C'est la raison pour laquelle, également, je plaide pour le respect effectif du principe de laïcité qui met sur un pied d'égalité toutes les croyances. Là encore, la même idée : assurer une égale reconnaissance des identités particulières afin de renforcer le sentiment d'appartenance à une communauté de destin, plus large.
En quoi, précisément, la décision du TGI de Paris met-elle à mal, à mes yeux, cette ambition ?
C'est que, justement, elle fait prévaloir des croyances personnelles sur des principes collectifs. Elle considère que le droit de croire en des épisodes que l'on estime fondateurs de l'histoire chrétienne et le droit de ne les voir point détournés ou utilisés par la publicité l'emportent sur la liberté d'expression.
Certes, comme le dit Pierre, "la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres". La frontière est bien sûr nécessaire pour fixer l'interdit. Mais ici elle me paraît mal placée. Elle privilégie, en effet, l'idée que des croyances personnelles, qui n'émanent que de soi, sont supérieures à des principes collectifs, telle la liberté d'expression, reconnus par tous et pour tous. Elle fait primer l'intime sur les préférences collectives.
C'est tout le contraire du message que j'aimerais partager sur ce blog.
Naturellement, le respect des religions va de soi. La tolérance à leur endroit est indispensable. Ce respect, c'est le droit pour chacun de pratiquer sa foi en toute liberté, sans entrave. A l'inverse, ce respect ne saurait entraver le droit à la création artistique, le droit à la caricature et à la liberté d'expression.
Or, dans cette affaire, j'ai le sentiment qu'on est allé trop loin. Mais pas dans le sens indiqué par le juge. Dans le sens, au contraire, d'un renforcement du poids du religieux dans la société, de sorte que l'équilibre voulu par le respect du principe de laïcité est remis en cause.
Car, respecter le principe de laïcité, c'est aussi respecter le droit dont disposent certains de ne pas croire. Or, en imposant à tous des dogmes, sur lesquels la caricature ou la critique ne pourraient s'exercer, on m'interdit, en tant qu'athée, le droit de ne pas croire. On m'impose une vérité qui n'est pas la mienne. La laïcité, c'est l'impossibilité de faire prévaloir une vérité sur une autre. Ce principe est bel et bien ici remis en cause.
Ainsi, même si je regrette d'avoir pu écrire, sous le coup de l'émotion, des propos qui ont pu blesser - ce dont je m'excuse - il reste que, sur le fond, cette décision me navre et, à un certain point, m'inquiète car ne témoigne-t-elle pas, à son tour, de la progression du fait religieux dans la sphère publique ?
Ne faut-il pas voir dans cet épisode bien plus qu'une anecdote, mais au contraire le signe précurseur d'un retour de la morale religieuse comme critère d'organisation de la vie collective, à l'image de ce que l'on observe aujourd'hui outre-atlantique ?