Et bien, c'est cela : les critiques de Sarkozy, en l'espèce, ont utilisé l'argument moral pour éviter de penser. Car, il y a la place pour un débat : comment ne pas faire l'hypothèse, a minima, que l'homme qui cède à une pulsion pédophile, en dépit de la condamnation par la loi et par la morale, comment cet homme, qui prend le risque de la prison et la déconsidération à jamais de ses frères en humanité, décide-t-il malgré tout, de céder ? A-t-il vraiment le choix, cet homme ? Comme je l'écrivais à Lionel Jospin dans ma lettre de 2004, on ne choisit pas d'être homosexuel, pas plus qu'on ne choisit d'être noir ou gaucher. Bref, il y a un débat envisageable. Et puisque ces propos figuraient dans un magazine philosophique, reconnaissons qu'il y avait effectivement de la place pour la philosophie.
Mais, non, au lieu de cela, au lieu de dire que ce débat est vieux comme le monde, on a eu un déversement de propos politiquement correct, parés de bons sentiments et riches en procès d'intention. Le degré zéro de la réflexion politique, celle qui s'interdit de penser au nom de principes moraux supposés supérieurs.
Expliquer un phénomène, proposer un diagnostic, ne dit rien des conclusions qu'on en tire, du remède qu'on prescrit. La Gauche morale a condamné un remède qui n'existait pas. Quand la morale fixe des limites au questionnement, ce n'est pas forcément l'apanage de la droite ... !
Et bien je pense la même chose des propos de Sarkozy qui visent à flatter l'électorat lepéniste : une fin noble ne justifie pas des moyens ignobles. En reprenant les thématiques du FN (la France on l'aime ou on la quitte), Sarkozy utilise le même discours que Le Pen et son action alors est inopportune. Si récupérer les électeurs du FN consiste à copier le discours de Le Pen, alors l'objectif louable se meut en initiative malheureuse.
Dans le premier exemple, le débat souffrait d'un excès de morale. Dans le second, il pêche par insuffisance.
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