Bonjour !

Au départ, j'ai créé ce blog pour diffuser un papier de ma composition qui m'était cher : ma réponse à Lionel Jospin sur la question du mariage gay (article du 25 novembre 2004).

Ce site me permet à présent de faire part de mes remarques sur des sujets variés, principalement sur l'actualité et la politique.

J'espère que cet outil me permettra d'avoir des contacts et des débats intéressants avec d'autres bloggers. Bonne lecture !

Pour m'écrire : sebo75@hotmail.com

 

Lundi 18 avril 2005

On l'a vu lors de l'émission avec le Président de la République : les jeunes se disent mal informés et quand ils le sont ils trouvent le texte trop compliqué.

Dans ce contexte, le travail de la fondation Schuman doit être signalé.

Elle a résumé en une trentaine de pages, sous forme de quelques fiches, l'essentiel de la Constitution. A faire circuler ...

par sébastien publié dans : Politique-Europe
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Lundi 18 avril 2005

Le 9 avril dernier, Jacques Delors, l'ancien Président de la Commission européenne, a fait part de son avis sur le projet de constitution lors d'une rencontre organisée par le Mouvement Européen-France.

Dans son intervention, Jacques Delors fait part de deux regrets :

1) que l'équilibre entre le monétaire et l'économique ne soit pas assuré ;

2) que la partie III sur les politiques de l'Union ait été intégrée au traité ou, qu'à défaut, elles ne fassent pas l'objet d'un mode de révision plus souple.

Hormis ces réserves, Delors invite naturellement à approuver le projet.

En particulier, il s'oppose à l'argument social défendu par le camp du non :

1) le traité n'est ni libéral ni socialiste. C'est un cadre d'action ;

2) les politiques sociales restent de compétence nationale ;

3) c'est le développement économique qui assurera le relèvement des minimas sociaux, et non l'inverse ;

4) l'Europe fait plus qu'on ne le dit en matière sociale : il évoque les politiques structurelles dont la France bénéficie pour une large part.

Parmi les points positifs du projet, Delors note notamment qu'il clarifie l'organisation des pouvoirs, permet grâce aux coopérations renforcées de répondre au défi de l'élargissement, et propose des avancées dans plusieurs domaines, par exemple en matière de coopération judiciaire et policière.

Dans sa conclusion, Delors se veut plus solennel. Il rappelle que l'histoire de la construction européenne est ancienne, qu'elle s'est fondée sur des idéaux de paix et de liberté et que, dans cette perspective, le vote du 29 mai ne saurait se réduire à un vote d'humeur sur des conditions de vie actuelle.

En somme, Delors nous invite à voir plus loin, derrière nous et devant nous.

par sébastien publié dans : Politique-Europe
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Jeudi 14 avril 2005

Heritage Foundation, un think tank américain qui promeut les idées néoconservatrices, se prononce pour le non au traité.

Celui-ci serait contraire aux intérêts américains en tant qu'il permettrait d'aller progressivement vers une intégration de la politique étrangère européenne.

Un avis à prendre en compte ...

par sébastien publié dans : Politique-Europe
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Jeudi 14 avril 2005

J'ai reçu hier le mail d'un ami qui me suggérait la lecture d'un papier "intéressant" sur la Constitution.

Ce papier a été écrit par un professeur de droit de Marseille, le professeur Chouard. Il a un grand succès sur Internet. Et le journal "L'Humanité" en a même fait un commentaire plutôt élogieux, lui prédisant la capacité de faire gagner le non. Rien que ça.

Que des milliers d'internautes fassent circuler ce papier, pourquoi pas. Voilà qui démontre une envie de connaître et de communiquer sur le référendum. Très bien.

Le seul problème, c'est que ce que dit M. Chouard est souvent approximatif et parfois tout bonnement faux.

Aussi, si vous recevez ce mail, je vous invite à faire les clarifications qui suivent à vos amis :

1)  il est exagéré de dire qu'il n'y a pas de politique monétaire possible hors la BCE : la création d'une présidence pour l'eurogroupe amènera la BCE à discuter avec un seul représentant de la zone euro, à la manière du couple formé par le Président américain et le président de la FED. Cela devrait permettre de rééquilibrer le dialogue des Etats membres avec la BCE.

2) il est surprenant de dire qu'il n'y a pas de politique budgétaire parce qu'il y a un pacte de stabilité. Le pacte de stabilité, qui vient d'être réformé, laisse des marges de manoeuvre. Mais quelle serait l'alternative : laisser les Etats membres ayant une même monnaie conduire des politiques budgétaires différentes ? Certains laisseront aller leur déficit en comptant sur la bonne gestion des autres. L'euro a besoin d'un réglement de copropriété. Et ça c'est le pacte de stabilité.

3) Il est faux de dire que l'Europe peut empêcher un référendum en France sur l'adhésion de la Turquie. L'adhésion d'un nouveau pays se matérialise par la signature d'un traité entre ce nouveau pays et l'Union. Nouveau traité qui est ensuite ratifié par chaque Etat membre, selon un mode qui ne regarde que ce dernier. Donc si on veut faire un référendum sur cette question, on pourra le faire.

4) Faux de dire que la Commission a le pouvoir législatif. Elle propose les textes, elle ne les vote pas. A la manière du gouvernement français avec le Parlement.

5) Faux toujours de dire que la Commission a le pouvoir judiciaire. Pouvoir saisir la CJCE, cela ne veut pas dire pouvoir juger. En outre, la saisine de la Cour est possible pour chaque Etat membre. Peut-on dire pour autant qu'ils disposent du pouvoir judiciaire ?

6) Il est faux de dire encore que le commissaire au commerce est tout puissant. Il négocie avec un mandat du Conseil. Et, durant la négociation, il ne peut pas sortir de ce mandat, à moins que le Conseil l'accepte.

7) Faux, enfin, de dire que le Parlement est privé de son pouvoir normatif et de contrôle. Pouvoir normatif il a, puisque la procédure de codécision, qui est la procédure désormais ordinaire, prévoit l'accord du Parlement pour l'adoption finale d'un texte. Pouvoir de contrôle il a aussi puisqu'il peut adopter une motion de censure de la Commission. C'est d'ailleurs déjà arrivé par le passé (chute de la commission Santer après les déboires de Cresson).

8) Pour finir, il y a des analyses étonnantes de la part de quelqu'un qui se dit professeur de droit. En particulier, il évoque la primauté absolue du droit communautaire sur le droit national. La moindre des honnêtetés eût été d'évoquer un arrêt majeur du conseil constitutionnel : sa décision 2004-505 du 19 novembre 2004, par laquelle il affirme que la Constitution française reste la norme suprême dans notre ordre juridique. Un professeur de droit
pouvait-il ignorer cela ?

En somme, le papier de ce professeur est trop orienté pour être honnête.

Je suis pour le débat, mais pas pour la désinformation. Le désir louable de faire simple et clair ne doit pas conduire à travestir la réalité.

par sébastien publié dans : Politique-Europe
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Jeudi 24 mars 2005

A l'approche du référendum sur le projet de traité, Chirac et Raffarin jurent leurs grands dieux qu'ils ne laisseront pas passer le projet de directive sur les services, communément appelé désormais le projet Bolkenstein.

En particulier, ils veilleront à ce que le principe du pays d'origine ne soit jamais appliqué, ce principe selon lequel une entreprise étrangère qui viendrait vendre ses services en France serait soumise au droit de son pays. Principe, la précision est utile, applicable uniquement dans le cas où l'entreprise étrangère détacherait des travailleurs de manière temporaire dans le pays où le service sera rendu. En cas d'établissement permanent, c'est toujours le droit du pays de destination qui s'appliquera.

La désapprobation soudaine de l'exécutif français laisse songeur car le principe en question n'est pas nouveau et le projet Bolkenstein n'est pas récent.

1) le principe n'est pas nouveau : il est présent dans d'autres textes comme la directive sur la télévision sans frontières ou le projet de réglement sur la promotion des ventes. Il était également à l'origine dans le projet de directive sur les pratiques commerciales déloyales.

2) le texte n'est pas récent : cette proposition a été adoptée par le collège des commissaires le 13 janvier 2004, il y a plus d'un an, à l'unanimité (donc avec l'accord des deux commissaires français de l'époque : Pascal Lamy et ... Michel Barnier !). Elle a déjà été à l'ordre du jour du Conseil des ministres à deux reprises. Un avis du Comité des Régions a été rendu en septembre.

Que retenir de tout cela ? Deux choses, à mon avis :

1) D'abord, l'assez grande indifférence des leaders d'opinion français sur ce qui se passe à Bruxelles : imagine-t-on des débats en France sur des questions aussi sensibles, un an uniquement après leur adoption au Conseil des Ministres, ou même après un premier passage à l'Assemblée nationale ou au Sénat ?

2) L'hypocrisie du Gouvernement qui s'offusque d'un texte dont il a connaissance depuis plus d'un an et d'un principe qui a déjà été appliqué par ailleurs.

Il a donc fallu des circonstances particulières, à savoir l'approche du référendum et l'intérêt des médias, pour que le gouvernement surréagisse. Ce qui en dit long sur la sincérité de sa démarche.

Là, comme ailleurs, il serait préférable que le Gouvernement agisse, par un effort de proposition, plutôt qu'il ne réagisse, selon les humeurs de l'opinion.

par sébastien publié dans : Politique-Europe
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Jeudi 17 mars 2005

Dans un précédent article, j'estimais qu'il y avait en réalité deux projets pour l'Europe : un projet pour une Europe qui se "ressemble", par le sentiment d'appartenance à une culture commune, et un projet pour une Europe qui se "rassemble", autour de principes et de valeurs universelles. 

A la lecture de la tribune de Hervé Lavenir de Buffon, ancien haut-fonctionnaire de la Commission européenne, parue dans Le Figaro du 16 mars, je vois que j'avais oublié un autre projet, celui en faveur d'une Europe qui "nous ressemble", nous, français !

Par un cheminement de pensée dont l'articulation m'a un peu échappé, l'auteur fait ainsi la promotion du français comme langue véhiculaire de l'Europe. Rien de moins !

Non seulement, l'Europe construirait de la sorte son "âme", mais, en plus, elle prendrait un vernis tricolore.

Si l'on peut s'interroger sur la prétention de la mesure proposée, il reste que l'auteur développe une réelle problématique : comment renforcer le sentiment d'appartenance à un projet commun quand on est amené à partager aujourd'hui 21 langues officielles ?

Dans le projet de traité qu'il avait bâti et publié, je me souviens que Robert Badinter proposait 3 langues officielles pour l'Europe : l'anglais, le français et l'allemand.

Mais, comment accepter de voir sa langue ainsi oubliée des cercles européens ? Et comment à notre tour défendre d'un côté la diversité culturelle et plaider de l'autre la diminution significative du nombre de langues officielles ?

 

par sébastien publié dans : Politique-Europe
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Vendredi 11 mars 2005

Le premier vrai débat sur le projet de traité constitutionnel à la télévision s'est tenu cette semaine dans l'émission "culture et dépendances" de Franz-Olivier Giesbert sur France 3.

A ma gauche, François Bayrou, pour un "oui fervent", Hubert Védrine, pour un "oui de raison", Jean-Louis Bourlanges, pour un "oui malgré tout".

A ma droite, Jacques Généreux, pour un "non social", William Abitbol, pour un "non national".

En arbitre des élégances, Joachim Bitterlich, ancien conseiller d'Helmut Kohl, qui se refuse à s'immiscer dans le débat franco-français, mais enfin, puisqu'on le lui demande, il dirait bien oui quand même.

Au milieu de la scène, tiraillée par ses propres contradictions, Pervenche Beres, qui dit oui quand elle est à la Convention et qui dit non quand elle est au Parti socialiste. Ce n'est pas le premier politique qui dit oui quand il est à Bruxelles et non quand il est à Paris. Mais là il fallait quand même oser le grand écart ! Quel choix cornélien fera-t-elle le jour venu ? "Cela ne regarde que moi". Voilà qui fait avancer le schmilblick !

Que retenir de cette première confrontation ?

Eh bien, que le projet n'emballe décidément personne !

On s'en doutait évidemment pour ceux qui prônent le non.

Mais, plus curieusement, c'est aussi le cas pour ceux qui plaident pour le oui. Il faut voter ce texte, "faute de mieux", "parce que c'est la photo du rapport de forces actuel", parce que la "crise salutaire est une vue de l'esprit". Et VGE, finalement, de conclure magistralement : on ne peut que voter oui puisque "voter non, ce serait pire". Question vote par défaut, difficile de faire mieux !

Reste la merveilleuse exception Bayrou, qui essaie de se convaincre que ce projet, "c'est formidable".  Bayrou, en apôtre de la méthode Coué.

Le "hic", c'est lorsqu'on lui demande quelle serait la disposition du texte qui finirait de convaincre les plus réticents de voter oui, il nous sort, après réflexion, "eh bien, pour la première fois, les citoyens européens auront le droit de pétition"!

Rires étouffés dans l'assistance. Voilà l'argument-massue enfin révélé : citoyens européens, désormais, grâce à la constitution, vous pourrez pétitionner ! Nous voilà sauvés !

Bayrou, comique malgré lui !

par sébastien publié dans : Politique-Europe
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Mercredi 9 mars 2005

Entendu ce weekend à la radio Régis Debray qui présentait son dernier ouvrage "les communions humaines - pour en finir avec la religion".

La thèse du livre semble être de dire que les religions, finalement, n'existent pas. Qu'elles sont l'expression de besoins plus généraux, qui amènent les hommes à se lier entre eux, dès lors qu'ils perçoivent un passé et un avenir communs. De sorte que si les religions n'existent pas, les "communions humaines", quant à elles, sont inéluctables.

Elles regroupent des individus qui se sentent unis par des principes qui les transcendent. Ainsi de la France, avec sa devise, sa langue et ses principes républicains.

Interrogé sur le point de savoir si l'Europe constituait une "communion humaine", Debray, sans hésiter, répond par la négative : il n'y a pas d'élément de transcendance qui soit si fort qu'il permette la communion entre les Européens.

De ce point de vue, le projet de constitution ne constitue-t-il pas une occasion manquée ?

On sait le thème de "patriotisme constitutionnel" cher au philosophe allemand Habermas : le partage de valeurs, à travers l'adoption d'un texte unique, avec la solennité que peut lui conférer un référendum, est de nature à renforcer le sentiment d'appartenance à une citoyenneté européenne.

Encore eût-il été préférable que le texte fût court, réduit à l'essentiel, c'est-à-dire aux valeurs de l'Union et au fonctionnement des institutions, à l'image de la constitution américaine, dont on sait le rôle qu'elle joue dans la construction de la citoyenneté américaine.

Pour autant, faut-il partager l'opinion de Debray, selon laquelle il n'y a pas de "communion humaine" possible en Europe ?

Je ne crois pas.

D'abord, on ne peut négliger que les Européens partagent une ambition - la paix - et des valeurs - la démocratie, les droits de l'homme. Ainsi, s'ils ne partagent pas la même langue ni la même religion, encore peuvent-ils partager certaines idées-forces. On ne part pas de rien.

Ensuite, il ne faut pas sous-estimer le leadership européen : de même qu'il a su bâtir une Europe unie, à travers la réalisation de politiques communes, de même pourra-t-il travailler demain à l'élaboration d'une "conscience" européenne à travers, là encore, des réalisations concrètes chères aux pères fondateurs : une chaîne de télévision commune, une harmonisation des parcours éducatifs, un système satellite unique, ... Sur ce point, le rapport rendu par l'association A gauche, en Europe fournit d'utiles idées sur la manière de construire, ainsi, à l'aide de projets précis, une Europe politique.

Enfin, les "communions humaines" ne se vivent qu'au travers de symboles, de rites et de liturgies.

Pourquoi l'Europe ne pourrait-elle pas construire ses propres mythes ?

par sébastien publié dans : Politique-Europe
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Mardi 8 mars 2005

Dans un article publié dans "Le Figaro" ce weekend, VGE propose de fixer les frontières de l'Europe en invoquant, pour ce faire, 2 critères : un critère géographique et un critère historico-culturel.

Le critère géographique conduit à rejeter la Russie et la Turquie, la première parce qu'elle donne sur le Pacifique, la seconde parce qu'elle est majoritairement en Asie.

Le critère historico-culturel conduit, lui, à rejeter tous les pays qui ne partagent pas au moins deux des éléments suivants : un héritage culturel (la civilisation gréco-latine), religieux (les racines chrétiennes, catholiques, protestantes et orthodoxes), et humaniste (les Lumières).

L'usage de ces critères permettra de dessiner une "Europe européenne" ayant une identité culturelle commune.

Car, c'est bien là tout l'intérêt du débat : pour avancer et peser dans le monde, l'Europe doit avoir une identité forte à faire valoir. Sans identité commune, l'Europe sera d'abord mue par les intérêts nationaux et nul espoir, dès lors, de la voir émerger au rang de puissance mondiale.

Pour VGE, l'identité se fonde sur la géographie et sur l'histoire : les Européens doivent avoir le sentiment de partager un même sol et un même vécu. 

Bref, pour avancer, les européens devraient d'abord se "ressembler".

De l'autre côté, c'est-à-dire chez les partisans de l'entrée de la Turquie ou de la Russie dans l'Union, on partage le même postulat : effectivement, les Européens doivent partager une identité commune. C'est la condition d'une Europe forte.

Mais, les critères ici sont différents. Ce sont, en quelque sorte, les critères dits de Copenhague qui permettent de valider ou non la candidature d'un pays à l'Union : faire le choix de la démocratie, de l'économie de marché, du respect des minorités. Nulle obligation pour ce qui concerne la situation géographique ou l'héritage historico-culturel.

Pour ces Européens-là, ce qui compte, c'est moins de se ressembler, que de se "rassembler" autour d'idéaux humanistes qui n'ont que faire de l'histoire et de la géographie.

Lequel de ces deux modèles est en train de l'emporter aujourd'hui ?

A l'évidence, le second a pris de l'avance puisque les critères de Copenhague président à l'examen de toute nouvelle candidature.

Les promoteurs du premier modèle, à l'image de VGE, mettent en garde, critiquent, commentent mais force est de constater que leur analyse n'est pas celle qui prévaut aujourd'hui lorsqu'il s'agit d'encadrer l'élargissement de l'Union.

Et que prévoit la Constitution en la matière ?

Elle semble davantage favorable aux tenants du second scénario.

L'article I-58 précise ainsi que "l'Union est ouverte à tous les Etats européens qui respectent ses valeurs".

Les tenants de l'Europe qui se "ressemble" se satisfairont de ce que l'Europe se limite aux Etats européens ! Mais, ils déploreront l'absence de précision sur la géographie ou sur l'héritage historico-culturel.

Les promoteurs de l'Europe qui se "rassemble" apprécieront la seule mention aux "valeurs" comme critère d'adhésion à l'Union.

Cette écriture, suffisamment ambigüe pour contenter tout le monde, peut entraîner l'adoption du Traité, puisque celle-ci exige l'unanimité, mais elle révèle aussi l'absence de choix véritable sur ce que doit être l'Europe demain.

Doit-elle unir des peuples qui se ressemblent, par la perception d'une histoire et d'une géographie communes, ou doit-elle rassembler des Etats unis au-delà de leurs différences par des valeurs qui les transcendent ?

Pour ma part, j'opte pour la seconde solution :

- je ne crois pas en l'existence d'une "Europe identitaire" pour reprendre l'expression de VGE : quelle identité commune partage-t-on quand on parle 21 langues  ou que l'on croit en, au moins, 4 religions différentes ? Un Portugais ne se sent-il pas plus proche d'un Brésilien que d'un danois, un espagnol d'un mexicain que d'un hongrois, un français d'un québécois que d'un bulgare, un anglais d'un australien que d'un roumain ? ;

- c'est parce que cette identité n'existe pas qu'il est vain d'en faire le critère d'adhésion pour tout nouvel élargissement ; 

- en contrepartie, il faut construire une identité européenne, car le postulat selon lequel, toute communauté qui ne se sent pas liée par des principes et des valeurs forts périclite, me paraît fondé.

- ces valeurs, ce sont à mes yeux celles proposées par les critères de copenhague : démocratie, droits de l'homme, respect des minorités ;

- mais le respect de ces valeurs ne saurait suffire : les Européens doivent mieux se connaître, ils doivent se côtoyer dès le plus jeune âge et tout projet qui va dans ce sens doit être défendu. La mission des politiques n'est plus seulement aujourd'hui de construire l'Europe, c'est aussi de "faire" des Européens.

En quelque sorte, le modèle à proposer pour l'Europe n'est-il pas celui que nous avons construit en France, ou celui qui fait la fierté des Américains : des peuples aux origines diverses mais fiers d'être unis par des principes communs, qui transcendent leur propre identité.

Et si finalement l'Europe, ce devait être "la France en plus grand" ?

par sébastien publié dans : Politique-Europe
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Mercredi 2 mars 2005

Bientôt, le peuple français devra se prononcer sur le traité établissant une Constitution pour l'Europe. Ce sera vraisemblablement dans un peu plus de deux mois. Il est donc temps de s'y intéresser de près.

Pour ma part, ma réponse n'est pas faite, car trois interrogations demeurent :

1) Le texte paraît empêcher toute politique autonome en matière de défense. L'article I-41-2 indique, en effet, que la politique de sécurité et de défense commune doit être compatible avec la politique arrêtée dans le cadre de l'OTAN. Quel sera notre degré d'autonomie si, pour chaque avancée, il faudra demander l'autorisation de l'OTAN, c'est-à-dire des Américains ?

2) Le texte paraît remettre en cause la laïcité "à la française". L'article II-70 prévoit ainsi que le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion implique la liberté de manifester sa religion en public. Dans ces conditions, l'interdiction du port de signes religieux à l'école est-elle toujours possible ?

3) Enfin, le principe de l'exception culturelle semble remis en cause. En effet, l'article III-315-4-a indique que les accords concernant les services culturels sont pris à l'unanimité "lorsque ces accords risquent de porter atteinte à la diversité culturelle et linguistique de l'Union". Or, il n'est pas précisé qui sera chargé de dire s'il y a ou non atteinte à la diversité culturelle. Il demeure donc une ambiguïté.

Ces trois points sont importants. A mes yeux, ils sont suffisants pour voter non.

D'un autre côté, il faut avoir conscience qu'il n'y a pas de projet alternatif et que ce traité a fait l'objet d'un consensus au sein de la Convention qui réunissait plus d'une centaine de membres, issus d'horizons divers.

Mais, est-ce une raison valable pour voter oui ?

par sébastien publié dans : Politique-Europe
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